L’Europe tient le choc

par Boris Enet |  publié le 14/11/2025

Même face à des vagues monstrueuses, elle ne coule pas. Poursuivant sous des vents contraires sa route vers son port d’attache, l’Europe rassemble contre elle une légion de détracteurs et de sceptiques intéressés à sa perte. Elle reste un espoir pour des millions de citoyens.

Les dirigeants européens de l'UE se réunissent pour un dialogue politique et stratégique informel à Copenhague, le jeudi 2 octobre 2025. Le Danemark accueille la septième réunion de la Communauté politique européenne (CPE). (Photo Ida Marie Odgaard / Ritzau Scanpix via AFP)

L’horizon mondial est obstrué. Les empires semblent promis aux lendemains qui déchantent. L’Amérique, impériale sur le papier, se fragilise à grande vitesse. La perspective d’un éclatement de la bulle spéculative autour de l’IA, la destruction massive de chaînes de valeur, ou encore un « shutdown » à rallonge sont autant de signes annonciateurs de grandes difficultés. La Chine de Xi Jinping connaît un début de stagnation économique avec un marché au ralenti, la déflation qui rode et des exportations qui patinent, tandis que la priorité donnée par la dictature au complexe militaro-industriel aggrave la situation. Cette fois, il ne suffira pas de quelques purges pour relancer la machine. Dans ce contexte mouvant, les difficultés de l’UE apparaissent moins structurelles que conjoncturelles. D’autant qu’à chaque fois qu’on la craint divisée, l’Europe se relance.

Elle incarne le principal levier d’une solution aux crises qui nous affligent, à commencer par la guerre de Poutine contre l’Ukraine. La résistance de Kyiv n’aurait pas tenu sans l’aide déployée par les Européens, se substituant en un temps record au lâchage américain dont Trump espérait qu’il la mettrait à genoux, ouvrant la voie au deal mafieux dont il rêvait. Il n’en fut rien et désormais ce sont d’autres scénarios qui s’échafaudent avec une Ukraine plus forte et convaincue que sa place est dans l’Union pour y jouer un rôle de premier plan, de la défense à l’agriculture. Le prix à payer en matière de souffrances humaines est terrible. Mais il serait supérieur en cas de capitulation mortifère sans espoir.

À Belém, c’est une Europe non moins résiliente et dotée de justesse d’une position commune qui fait face aux autres puissances mais aussi à ses responsabilités. Pour difficile que ce soit, ses résultats en matière de lutte contre le réchauffement climatique sont indéniables, seraient-ils insuffisants. L’adaptation de ses territoires, le recul de l’utilisation des énergies fossiles, les investissements consentis dans ses États membres en solidarité avec les pays les plus exposés ne sont pas davantage contestables. Dernier porte-étendard des Accords de Paris, l’Europe fait face à un puissant front climatosceptique qu’elle doit impérativement neutraliser. Pour elle-même comme pour toutes les autres régions du monde. Qui d’autre pourrait y prétendre ?

Ces enjeux, dont l’affirmation d’une légitimité reconnue à la Communauté internationale et la (re) construction d’un commerce mondial multilatéral ouvert, enfin mieux régulé et équitable, ne font pas consensus. Mais qui porte aujourd’hui de telles ambitions si ce n’est l’UE à 27, 30 et bien davantage demain. Certes, sa direction repose sur une tête d’épingle parce que sa loi commune l’a voulu ainsi. Sa Présidente a bien été sommée par les présidents des quatre groupes qui constituent sa majorité au PE de revoir sa copie à propos du budget 2028-2034. Elle propose une nouvelle avancée institutionnelle, fusionnant l’essentiel des Fonds structurels et d’intervention avec ceux de la PAC – politique agricole commune – pour donner plus de pouvoir d’adaptation, d’inflexion et de responsabilités aux directions nationales. Le syndicat des élus craint que, ce qui était fléché ne l’étant plus en faveur des quelques 243 régions et des agriculteurs ne soit réorienté au détriment des « acquis ». Vaste débat ouvrant possiblement une crise de croissance, ambivalente en ce qu’elle motivera l’intérêt pour le sujet avant d’accoucher, comme toujours, d’un compromis.

Une nouvelle preuve de vie, démocratique, progressiste et donc prometteuse.

Boris Enet