L’extrême-droite canonisée ?
La responsabilité politique de LFI dans le drame de Lyon ne fait pas question. Il ne s’ensuit pas que les nervis nationalistes se soient changés en agneaux ni les chefs de l’extrême-droite parlementaire en républicains sincères.
C’est l’un des effets de l’imbécile et criminelle opération menée à Lyon par les activistes de la Jeune Garde, organisation dont Jean-Luc Mélenchon revendique hautement le parrainage : la fin tragique d’un jeune militant identitaire a permis à l’extrême droite de se revêtir d’une soudaine virginité. Incontestable victime du lynchage de Lyon, elle en profite pour repasser à la seule extrême gauche le mistigri de l’action violente.
Une vidéo qui nuance le récit
Or si l’on élargit le champ de vision, la réalité s’impose de nouveau. Remarquons d’abord qu’une troisième vidéo éclairant le drame de Lyon, publiée par le Canard Enchaîné, vient amender le récit sulpicien imposé par les ténors du nationalisme. On y voit deux groupes de militants s’affronter à un carrefour à coups de poing, peu avant la terrible scène du lynchage, tous en tenue de combat de rue, aussi agressifs des deux côtés, munis, pour certains militants nationalistes, d’armes par destination (une béquille de métal, notamment…).
Il y a donc bien eu une rixe pendant ces événements, mettant aux prises deux services d’ordre d’une égale martialité. Cela ne change rien à la honteuse attaque d’hommes à terre que chacun a pu voir et qui a conduit à la mort de Quentin Deranque, ni à la responsabilité morale et politique de LFI, qui continue de se glorifier de ses liens avec les cogneurs de la Jeune Garde. Mais l’information réfute la fable selon laquelle il y avait, d’un côté, un gentil service d’ordre, doux comme un mouton, et, de l’autre, des barbares hurleurs décidés au pire.
C’est Le Figaro, peu suspect d’indulgence avec l’extrême gauche, qui livre le contexte lyonnais de l’affrontement. Citons le journal, qui décrit clairement la situation : « selon nos informations, les rixes entre ultradroite et ultragauche ne cessaient de monter en puissance depuis plusieurs mois. Un bilan porté à la connaissance du Figaro révèle qu’elles ont augmenté de 50 % entre 2024 et 2025, pour franchir la barre d’une centaine de faits répertoriés par les services de renseignements. Pour un analyste de la Place Beauvau, la situation risque fort de s’envenimer dans les prochains jours. Alors que les esprits sont chauffés à blanc, de nouveaux drames ne sont pas à exclure. » Analyse limpide : les activistes des deux camps s’affrontent régulièrement à Lyon et le drame de vendredi dernier se situe dans la continuité de cette dangereuse guéguerre entre les mouvances violentes des deux extrêmes.
À l’échelle nationale, un bilan contrasté
À l’échelle nationale, les exactions commises depuis une quarantaine d’années en France impliquent les activistes des deux bords. Mais le nombre de morts imputables à l’extrême gauche est bien moindre que celles qui mettent en cause l’extrême droite. Dans l’ouvrage Violences politiques en France, de 1986 à nos jours, publié en 2021, cité par 20 Minutes, Xavier Crettiez et d’autres chercheurs ont répertorié les faits de violence politique. « (…) Dans le détail, les 1.450 épisodes de violence des militants politiques recensés entre 1986 et 2021 ont causé la mort de 55 personnes. Parmi ces homicides, cinq viennent de l’extrême gauche. (…) Mais c’est bien l’ultradroite qui « provoque l’essentiel des victimes », avec une cinquantaine de morts. »
Quant à la porosité entre activistes et partis extrêmes représentés à l’Assemblée, elle n’est en rien le monopole de LFI. Régulièrement, sont repérés dans les rangs du RN ou de Reconquête des militants issus du GUD ou d’autres groupuscules s’adonnant à la violence. Pendant les hommages à Quentin Deranque, on a vu en plusieurs occasions voisiner les chefs de ces phalanges agressives avec des leaders de l’extrême-droite parlementaire, même si celle-ci se garde – comme LFI d’ailleurs – de tout appel public à la violence. On a aussi vu coopérer l’Action française, vieux parti antirépublicain et antisémite, avec La Cocarde étudiante, groupe très proche du RN en milieu universitaire.
Tel est le véritable paysage : deux mouvances violentes qui gravitent dans les marges de la gauche et de la droite radicale (à partir d’idéologies distinctes et antinomiques), contribuant à la montée d’un climat de plus en plus inquiétant dans le pays. Ce qui mérite une égale dénonciation de la part des démocrates de droite et de gauche.



