LFI au bord de la crise de nerfs
Danger majeur pour les mélenchonistes : les socialistes ont remporté une victoire sur le gouvernement. Dès lors, tout est bon pour dénigrer la concession obtenue par le PS.
Fébriles, angoissés, tourmentés : ainsi apparaissent les responsables de LFI ces derniers jours. À voir l’énergie qu’ils déploient pour dénigrer la suspension des retraites arrachée par le PS au gouvernement Lecornu, on sent bien qu’ils ne sont pas dans leur assiette. Il est vrai qu’un péril mortel les guette : la gauche est en passe de marquer des points. Enfer et damnation !
De toute évidence, en effet, la stratégie du compromis utilisée par les socialistes paie plus que les imprécations insultantes qui servent d’art oratoire à LFI. Enfer ! Il semblerait même que le sort de trois millions de salariés puisse être amélioré par la suspension de la réforme. Damnation ! Il faut arrêter cela d’urgence !
Dès lors, tout est bon pour dégommer l’avancée. Argument massue : cette suspension n’en est pas une, c’est un simple décalage. Outre qu’on saisit mal la nuance, il est évident que la réforme sera de nouveau mise en œuvre si le centre et la droite gagnent la prochaine présidentielle, et abrogée si la gauche l’emporte. En attendant, elle ne s’applique pas : tel est le point clé. Au vrai la bataille sémantique a été réglée par Marylise Léon : malgré les déclarations d’Emmanuel Macron, a dit la cheffe de la CFDT, « la réforme des retraites est bel et bien suspendue ».
Il a donc fallu trouver d’autres arguments. Problème : ils se contredisent l’uns l’autre. Ainsi, à peine la concession accordée, LFI a crié partout qu’il s’agissait d’une fausse promesse, que jamais la suspension ne verrait le jour, que ceux qui écoutaient Lecornu n’étaient que des cornards. Les esprits simples ont pourtant remarqué que si le gouvernement ne tenait pas parole, il suffisait aux socialistes de déposer une motion de censure pour le renverser et que, dès lors, il serait contraint de tenir parole. Mais cette réalité élémentaire n’étant pas parvenue à leur cerveau, les chefs de LFI a continué de hurler à l’entourloupe.
Réfutant leur pronostic, le Premier ministre, a ensuite maintenu sa promesse. Ah ! Ah ! ont-ils répondu : dans ce cas, il doit produire une lettre rectificative au projet de loi de Finances, bien certains que le gouvernement ne le ferait pas. Malheur ! Décidé à jouer le compromis, Lecornu a accepté de rédiger la missive en question. Aussitôt, Manuel Bompard a dénoncé son geste en expliquant qu’il enfermait le PS dans un piège. Mais alors, pourquoi l’a-t-il réclamé ?
Le piège dont parle Bompard, c’est la nécessité de voter le budget pour que la suspension prenne effet. Il oublie une chose : la discussion ne fait que commencer. Qui peut jurer que, dans une incroyable série noire, le Premier ministre ne concède pas d’autres aménagements aux socialistes ? Dans ce cas, quoique minoritaire, la gauche aurait limité les dégâts.
Et surtout, on ne voit pas comment le renversement du gouvernement, réclamé par LFI, améliorerait le budget : la dissolution, tout le monde le sait, débouchera soit sur une majorité droite-RN, soit sur une chambre tout aussi ingouvernable. On serait alors ramené au cas précédent : trouver encore et toujours un compromis sur le budget. Telle est l’éternelle impuissance de la gauche radicale. Elle demande tout et n’obtient rien. Elle retrouve ainsi son rôle historique : aboyer comme un roquet sur les progrès obtenus par la gauche réformiste.



