LFI : suicide ou martingale ?
Jean-Luc Mélenchon choisit de pousser jusqu’au bout sa stratégie de l’outrance, qui met dans l’embarras les socialistes et fait le jeu du RN. Attention, cela peut encore marcher…
François Hollande affirme que c’est une « forme de suicide politique ». La fuite en avant de Jean-Luc Mélenchon depuis le meurtre de Quentin Deranque et l’implication de ses « alliés » de la Jeune Garde, « mes jeunes camarades », stupéfie par sa violence et sa possible contre-productivité. En défendant l’indéfendable, le Lider Máximo n’est-il pas en train de se couler ? Pas si sûr, hélas.
Une stratégie qui nourrit l’impopularité
Certes, il cumule les inconvénients. Il a encore gagné deux points en impopularité, qui était déjà de loin la pire de toutes les personnalités testées. Il provoque l’unanimité contre lui, au point de susciter la formation d’un front républicain inversé, « Tous contre LFI ». Il prend le risque d’être considéré comme le dangereux responsable de l’arrivée du RN à l’Élysée, tant son positionnement l’empêche de gagner lui-même, tout en compromettant d’autres solutions. Et pourtant, il peut encore s’en sortir.
Car son but n’est pas forcément de gagner dans les urnes en 2027, mais de figurer au second tour, en créant un vide entre « eux et nous », c’est-à-dire entre le RN et LFI. Puis, si l’extrême droite l’emporte, il jouera le chaos lors d’un troisième tour dit « citoyen », entendez dans la rue. Violences assurées. À la tête d’un front antifasciste, le nouveau « Che » se voit un destin quasi historique.
Trois temps : outrance, victimisation, pression sur le PS
Pour parvenir à ses fins, il pratique une stratégie en trois temps. Il commence par se rendre infréquentable par des positions indéfendables, comme l’adoubement réitéré de la Jeune Garde, à qui il continue de porter admiration et soutien, refusant de désavouer leur fondateur et député LFI ou de l’exclure du groupe de l’Assemblée nationale. Ce groupuscule de l’ultra-gauche dissous mériterait toujours de la patrie.
Deuxième temps, un Mélenchon diabolisé se victimise devant les attaques venant de tous les bords politiques non-LFI, traités de « fascistes », médias compris. La sortie de Sophia Chikirou, candidate à Paris et proche d’entre les proches de Jean-Luc Mélenchon, en dit long sur la volonté de radicaliser ce face-à-face globalisé : « Il faut virer les fascistes des médias, ces nazis à petits pieds », reprenant, il faut oser, une formule de Simone Veil. Les purs seraient à LFI, tous les autres des ennemis des Insoumis, seuls porteurs de la vraie croix.
Enfin, dernière étape, on tente d’« achever » les concurrents socialistes à l’occasion des municipales. Vu la radicalisation outrancière des Insoumis, les socialistes ont en effet le choix entre la peste et le choléra : soit ils refusent courageusement toute alliance de près ou de loin avec LFI, et ils risquent la défaite, et pas des moindres puisque les deux plus grandes villes de France sont en balance. Soit ils acceptent une forme d’accord avec le diable, et c’est le baiser qui tue, cette union contre nature sapant toute crédibilité d’indépendance nécessaire pour se qualifier à la prochaine présidentielle.
Municipales : le piège du « perdant-perdant »
C’est un piège que Mélenchon se plaît désormais à tendre, se disant ouvert à un soutien aux listes du PS après l’avoir rendu impossible. Il avait commencé par avouer ses intentions à l’orée de la campagne (Sophia Chikirou, toujours elle, affirmant : « Il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris »). Maintenant, LFI se dit prête à tendre la main pour mieux rendre le parti d’Olivier Faure responsable des défaites en cas de refus d’union. Pour le PS, c’est un deal perdant-perdant : une alliance honteuse ou un refus source d’échec…
La ficelle du lider maximo est énorme et, sans doute, les électeurs ne seront pas dupes de son manège. Mais pour contrecarrer la manœuvre mortifère de Mélenchon, les sociaux-démocrates doivent se hâter de présenter un front uni et un projet alternatif au bruit et à la fureur des Insoumis. Il est difficile de proposer une solution de gauche modérée quand ni la gauche ni la modération ne sont portées par l’air du temps. Mais c’est la seule solution pour avoir une chance de gagner à la fin : il faut commencer par forcer le chemin entre « eux et nous ».



