L’Histoire selon Rima Hassan

par Laurent Joffrin |  publié le 04/09/2025

Éclairant, l’entretien donné par Rima Hassan au média en ligne Thinkerview. Au fil d’une explication interminable, la députée européenne de LFI offre sur un plateau à la droite israélienne tous les arguments propres à conforter sa propagande.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Décidément, militantisme et histoire sont incompatibles. Interrogée en profondeur sur ses analyses politiques et historiques, Rima Hassan en fournit l’exemple éclatant, au moins sur trois points décisifs.

Interrogée sur les idées du Hamas, la députée remonte – pourquoi pas ? – à l’année 1948, qui a vu la naissance de l’État d’Israël. Elle y voit le crime originel – la Naqba (catastrophe) – qui a abouti au départ forcé d’une partie de la population palestinienne des terres qu’elle habitait, provoqué par l’entreprise « coloniale » de création d’un état juif en Palestine. Le Hamas, donc, considère que cet État spoliateur n’a aucune légitimité et qu’il n’a pas lieu d’exister. Même si Rima Hassan précise qu’il a ensuite évolué, elle ajoute benoîtement : « Sur ce point, le Hamas a raison ».

C’est un fait historique que la création d’Israël a été favorisée par les puissances occidentales, la Grande-Bretagne au premier chef, empire colonial par excellence. Mais la députée passe volontairement sous silence des réalités qui viennent quelque peu bousculer sa vision simpliste. La Naqba – faut-il le rappeler ?- a été précédée d’un plan de partage de la Palestine entre Juifs et Arabes voté par l’ONU en 1947 et par la guerre aussitôt enclenchée, d’abord par le mouvement palestinien, puis par la coalition des principales armées arabes de la région. La création d’Israël a donc une base juridique et son extension brutale – un nettoyage ethnique dans beaucoup de cas – est largement née de la guerre de 1948 perdue par la partie arabe. Voilà qui complique quelque peu l’affaire… Mais foin des nuances : la députée dénie toute validité à ce processus. On devine la réaction de la droite israélienne : comment voulez-vous que nous nous entendions avec des gens qui nient notre droit même à l’existence ?

Rima Hassan justifie ensuite l’action armée du mouvement palestinien tout au long de cette longue histoire. Il y a un droit à la résistance, dit-elle, que les Palestiniens ont exercé légitimement. Tout au plus condamne-t-elle les attaques contre les civils, tout en établissant un parallèle entre les attentats palestiniens et ceux que le FLN a perpétrés contre les civils français pendant la guerre d’Algérie, ce qui tend évidemment à les justifier. Or s’il existe effectivement un droit à la résistance, Hassan ne se demande jamais si la stratégie choisie était la bonne. Pour l’instant, chacun peut constater qu’elle a abouti à la défaite répétée des Palestiniens pendant bientôt quatre-vingts ans, comme à celle des armées arabes qui ont mené quatre guerres contre Israël. Défaites cuisantes qui ont conduit à l’extension concomitante du territoire contrôlé par l’armée israélienne, au blocus puis à la destruction de Gaza et à la colonisation redoublée de la Cisjordanie. Voyez, dira la droite israélienne : ces gens n’apprennent rien de leurs défaites et continuent de prôner la violence et la guerre ; nous sommes donc fondés à répliquer par le même moyen.

Troisième sortie désastreuse : le Hamas, dit la députée, n’est pas le seul responsable de l’attentat du 7 octobre (dont elle condamne les excès et non le principe), toutes les composantes de la population de Gaza y ont participé ou bien l’ont approuvé. Exactement ce que dit la droite israélienne quand on lui reproche de se venger sur la population de Gaza des exactions barbares organisées par le Hamas. Tous coupables : par sa déclaration sommaire, qui ignore l’opposition gazaouie à la dictature du Hamas, Rima Hassan conforte le verdict sinistre rendu par Netanyahou et ses alliés.

La conclusion s’impose d’elle-même. Avec une telle adversaire, le gouvernement israélien peut mettre au repos ses services de propagande : Rima Hassan fait le travail.

Laurent Joffrin