Liberté de la presse : Meloni en sous-sol
Après un rythme de croisière paisible pendant trois ans, le « modèle Meloni » est en train de subir son premier véritable examen de passage. L’épreuve ne traite ni des migrants, ni de la dette, ni du pouvoir d’achat … mais de la liberté de la presse.
Les attaques contre la presse connaissent un regain inquiétant en Italie. Sigfrido Ranucci, journaliste antisystème de la télévision publique, connu pour ses enquêtes sur le pouvoir et le crime organisé, a été visé par un attentat à la bombe le 17 octobre. Sa voiture a été soufflée par l’explosion, mais le journaliste a fort heureusement échappé à la mort.
La solidarité des milieux journalistiques et de la gauche a été totale et sans ambiguïté. En revanche, ce contexte inquiétant n’a pas empêché l’exécutif de multiplier les gestes méprisants envers la presse, comme le refus définitif de Giorgia Meloni d’échanger avec les journalistes. À une exception près : l’entretien qu’elle accordé le 18 octobre, en pleine grève du quotidien de référence du patronat Il Sole24ore, à une journaliste extérieure à sa rédaction. « Un grand bravo à notre Première ministre briseuse de grève ! », a commenté l’un des journalistes du quotidien.
Dans le même temps, l’exécutif prépare l’alignement de la presse sur le « modèle Meloni ». Le cabinet de la Présidente du Conseil se démène pour accélérer le projet de vente des deux plus grands quotidiens d’opposition, La Stampa et Repubblica. On suppute en effet que John Elkann, patron de La Stampa, détenu par le groupe Exor, tente de se défaire d’un journal qui accuse de 12 millions d’euros de pertes annuelles et ne vend plus que 55.000 exemplaires par jour. Une vente pour laquelle l’absence d’obstacles réglementaires fixés par l’État lui serait fort utile …
Hypothèse analogue pour Repubblica, avec ses 77.600 exemplaires. Elkann, qui en est également propriétaire, cherche à s’en libérer. Ce scénario garantirait un lissage de l’information sous un prisme très gouvernemental. D’où la constatation légitime d’Elly Schlein, figure du Parti démocrate : « La liberté de la presse n’est plus à la mode en Italie, nous vivons un état d’exception ».



