L’internationale trumpiste en pleine offensive
De Washington à Budapest, le mouvement MAGA peut compter sur des relais idéologiques partout dans le monde. Nébuleux ou institutionnels, ces soutiens sont particulièrement bruyants en cette rentrée, notamment depuis la mort de Charlie Kirk.
La manifestation de Londres du 14 septembre fera date. Cet océan de drapeaux britanniques réunis à l’appel de Tommy Robinson, ancien hooligan aujourd’hui figure de l’extrême-droite européenne, exprimait la haine des migrants. On a vu la foule s’enflammer après le meurtre de l’influenceur trumpiste Charlie Kirk. Et puis Elon Musk y a fait son apparition en visioconférence pour distiller un discours incendiaire.
Le vice-président américain J.D. Vance a salué à sa manière la mémoire de Charlie Kirk. Lundi 15 septembre, il a pris sa place pour conduire le show quotidien qu’animait l’ancien influenceur. Il a fustigé Tyler Robinson (un homonyme du leader nationaliste britannique, ndlr), le meurtrier de Kirk, qui a justifié son geste en disant vouloir répondre à la haine véhiculée par les propos racistes de Kirk. « Les gens à gauche, a martelé J.D. Vance, sont plus enclin à célébrer la violence politique. Quelque chose a très mal tourné avec une frange radicale de l’extrême-gauche ».
Une semaine après le meurtre de Charlie Kirk par Tyler Robinson, le mouvement Maga est en ébullition. Donald Trump a classé comme « terroriste » le mouvement « antifa » qui héberge des militants antiracistes radicaux. Les réseaux sociaux soutenant le président milliardaire, présentent tous Tyler Robinson comme un tueur d’extrême gauche. Au passage, l’affaire Kirk vient de faire une nouvelle victime, Jimmy Kimmel, animateur vedette de la chaine ABC. Le voilà suspendu pour avoir accusé la droite d’exploiter l’assassinat de Charlie Kirk à son profit.
Le ciblage contre les médias anti-Trump s’étend à toute la population. Une traque systématique des propos hostiles contre l’influenceur disparu commence sur les réseaux sociaux. J.D. Vance a même lancé un appel en direction des employeurs pour les enjoindre à dénoncer leurs auteurs. Le numéro deux de l’administration Trump apporte ainsi une précieuse contribution pour bâtir une légende, faire de Charlie Kirk un martyr de l’ultra-gauche. La guerre culturelle bat son plein.
Un tel déchaînement peut faire penser à la chasse aux sorcières des années noires du maccarthysme, mais pas à l’Europe des années trente, note le politiste Jean-Yves Camus (*) : « Le fascisme, comme le nazisme, sont des idéologies datées de la première moitié du 20éme siècle, marquée par l’entrée des masses en politique, l’extension du suffrage universel, un combat imprégné par la lutte des classes, des partis très structurés. Aujourd’hui on est dans un mouvement inverse de déstructuration. Ce qu’exprime le mouvement Maga aux États-Unis, ou Javier Milei en Argentine, c’est une forme exacerbée d’individualisme qui se propage par les réseaux sociaux, lesquels sont la source principale d’éducation d’une bonne partie de la jeunesse. La façon dont on forme son opinion n’a plus rien à voir avec l’éducation d’un mouvement de jeunesse politique des années trente ».
L’arrivée de Trump à la Maison-Blanche a fait vibrer l’internationale réactionnaire. Nous sommes déjà dans une deuxième phase : le « trumpisme » nourrit les récits de la mouvance identitaire aux quatre coins du monde. On a vu émerger J.D. Vance comme la figure idéologique du nouveau régime, traquant le « wokisme » sous toutes ses formes pour incarner un nationalisme chrétien ultraréactionnaire.
Jusqu’à sa brouille avec Trump, l’autre figure du régime était le suprémaciste assumé Elon Musk. Plus présent que jamais, il sait parfaitement jouer de toutes les passerelles idéologiques. « Musk, reprend Jean-Yves Camus, joue sa propre partition. Dans son intervention par satellite à Londres, il expliquait aux manifestants que, quand bien même ils resteraient pacifiques, la violence de leurs adversaires retomberait sur eux un jour. Ils seraient alors obligés de riposter de façon identique. Musk exerce une réelle fascination par la radicalité de son discours, par le fait qu’avec son réseau X, les algorithmes mettent en avant les idées qu’il professe ».
En investissant la Maison-Blanche voici huit mois, les équipes du nouveau président se sont appuyées sur deux supports. Pour le programme politique, elles ont pioché dans la boîte à outil du « rapport 2025 », une somme de mille pages rédigées par le think tank conservateur « Heritage Foundation ». On connaît par cœur ces mesures qui ont donné le tournis à la planète : redistribution des rôles dans le commerce mondial, rejet du multilatéralisme, stigmatisation de l’Union Européenne, création d’un exécutif affranchi de tout contre-pouvoir.
En fait, la fascination exercée par le trumpisme à travers la galaxie réactionnaire n’est pas une mode ou un simple effet miroir via les réseaux sociaux.
C’est ici qu’intervient le second support sur lequel s’appuie la Maison-Blanche : le mouvement Maga a son prolongement à l’international grâce à « la Conférence pour l’Action Politique Conservatrice ». Le sigle CPAC est apparu au début des année soixante-dix, comme un simple lobby avec une grand-messe annuelle des conservateurs américains. Après le premier mandat de Trump elle s’est développée. Les Européens comme Marion Maréchal et d’autres vont à la CPAC des États-Unis. Il existe aussi des déclinaisons régionales : celle de Budapest est la plus connue, avec la figure de Viktor Urban. D’autres encore, ont vu le jour, une pour l’Amérique latine, une autre au Japon et même en Australie. Aujourd’hui, une véritable toile d’araignée est en place.
(*) Jean-Yves Camus, Nicolas Lebourg, Les droites extrêmes en Europe. Le Seuil.



