L’objectif caché des drones de Poutine

par Pierre Benoit |  publié le 26/09/2025

Les incursions russes au-dessus des pays de l’Otan n’ont pas seulement pour but de tester les défenses occidentales. Elles mettent à l’épreuve la solidarité des États-Unis avec l’Europe.

Conférence de presse conjointe au siège de la police nationale à Copenhague, au Danemark, le jeudi 25 septembre 2025. Les autorités ignorent encore l'identité des auteurs des incidents de drones survenus ces derniers jours au Danemark. (Photo : Emil Nicolai Helms / Ritzau Scanpix via AFP)

La série continue. À plusieurs reprises cette semaine, les aéroports danois ont été perturbés par des drones qui ont survolé les pistes avant de disparaître. Les autorités de Copenhague expliquent qu’elles ne sont pas en mesure d’abattre ces appareils qui volent à très basse altitude. Vendredi, les sept pays du flanc est de l’Europe se sont réunis pour parler de la création d’un « mur anti-drones ».

En quelques semaines, la tension est brusquement montée en Europe. Le 10 septembre, une vingtaine de drones se sont écrasés en Pologne. D’autres engins ont survolé la Roumanie. Dans la même séquence, le ciel estonien a été violé à plusieurs reprises par des Mig 31 russes. Au-dessus du golfe de Finlande, le couloir aérien est étroit entre les côtes des trois États baltes et la région de Saint-Pétersbourg, des incidents de ce type ont déjà eu lieu par le passé. Cette fois cependant les trois chasseurs russes n’ont pas répondu aux injonctions de la tour de contrôle estonienne. Des appareils F-35 de l’armée italienne ont décollé pour les obliger à rejoindre le ciel russe. L’Estonie ne possède pas d’aviation militaire.

Une pression sur les états-majors de l’OTAN

C’est peu dire que le ballet des drones russes et l’incursion des Migs ont mis sous pression les états-majors des pays situés sur une ligne s’étendant de la Baltique à la mer Noire. Pour faire face à la nouvelle dynamique imposée par Moscou, certains pays, comme la Pologne, souhaitent que l’on révise certaines procédures de l’OTAN. Pour le général Trinquand (*), politiste, après avoir occupé des responsabilités au sein de l’Alliance atlantique, la stratégie du Kremlin est limpide : « Même si on ne sait pas pour les aéroports si ce sont des drones russes, on teste nos dispositifs. On cherche, et c’est le plus important, à atteindre le moral de nos populations, à semer le trouble pour retirer la crédibilité que celles-ci ont investi dans nos systèmes de défense ».

L’apparition des drones de combat est assez récente dans les conflits actuels. L’agilité et la souplesse de ces engins posent de nouveaux problèmes aux armées, ils volent à basse altitude, disposent de brouilleurs efficaces. « Les drones, poursuit Dominique Trinquand, sont difficilement contrôlables. Lorsqu’ils pénètrent en nombre, comme en Pologne, l’OTAN est mal préparée car elle n’est pas en guerre, elle n’a pas mis en place un dispositif impénétrable de défense. Entre le moment où les drones sont repérés et celui où les avions décollent, les intrus s’étaient déjà posés. C’est ce qui s’est passé pour Varsovie. Quant aux avions, le sujet est différent. Il s’agit de tutoiement dans des zones de proximité aérienne. C’est une technique que les Russes utilisent depuis longtemps. Nous y sommes plus sensibles dans la situation géostratégique actuelle ».

Washington, test de solidarité transatlantique

Donald Trump avait estimé que l’arrivée surprise des drones en Pologne n’était pas intentionnelle mais personne n’a jamais compris d’où il tenait une telle information. Bravache, il lance aujourd’hui aux Européens : « abattez les avions ». Attendons quelques jours pour voir si la girouette de la Maison-Blanche ne change pas d’avis, car il vient aussi de lancer un message de soutien chaleureux à Zelensky, sans décider de sanctionner Poutine.

D’une certaine façon Macron vient déjà de répondre à Trump en suggérant que l’on monte « d’un cran » le niveau d’alerte de l’OTAN. Un pari délicat, note Dominique Trinquand, « si vous montez, ce n’est pas le premier cran qui compte, c’est l’escalade en elle-même. Avec les Russes, il faut être sûr de pouvoir escalader au maximum, on peut le faire avec les Américains. Ils doivent être solidaires, cohérents. J’attends de voir des avions américains en vol en même temps que les européens. Ce n’est pas le cas pour l’instant. Si les Russes poursuivent leurs incursions, nous verrons si les Américains réagissent en même temps que les Européens. Cela justifiera la solidarité de l’Alliance. Sinon, il y aura une faiblesse dans le dispositif, une crise de l’OTAN ».

À ce stade, l’affaire des drones russes joue comme un nouveau révélateur de la tension entre l’Europe et Washington. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Trump utilise la guerre en Ukraine pour affaiblir l’Europe en détruisant sans préavis le lien transatlantique. Maintenant c’est Poutine qui prend la main pour faire trembler le vieux continent. On pense aux poupées russes, les crises s’emboîtent les unes dans les autres. Quelle sera la prochaine étape ?

(*) Dominique Trinquand, « D’un monde à l’autre », Robert Laffont.

Pierre Benoit