Louis Schweitzer : respect !
L’ancien président de Renault, ami et second de Laurent Fabius, bibliophile et passionné de théâtre, avait gagné l’estime de tous par sa subtilité, sa culture et son sens de la solidarité.
Bien sûr, il y a eu Renault, dont parlent abondamment et à juste titre tous les journaux.
Il fallait être visionnaire pour oser cette alliance si originale avec Nissan, le rachat de Dacia et bien d’autres décisions qui firent de l’ancienne régie le quatrième groupe automobile mondial. Capitaine d’industrie, homme de pouvoir et d’ambition, Louis Schweitzer mettait sa grande intelligence, son obstination au travail, et un caractère bien trempé au service de grandes causes qui lui tenaient à cœur.
Grand serviteur de l’État, il avait appris avec son père, ancien résistant et Directeur général du FMI, le sens du devoir et de l’intérêt général. Le protestantisme, qui comptait pour lui, avait renforcé son goût naturel pour la discrétion, la rigueur et une certaine austérité. Cet homme qui ne s’énervait jamais, d’un sang froid à toute épreuve, souriant, yeux malicieux, savait parfaitement évaluer les situations, les femmes et les hommes, respectueux de chacun et à l’écoute de tous. Digne, pudique, taiseux, ces traits de caractère ne l’empêchaient nullement de manifester son amitié, valeur essentielle, ses sentiments, et son affectivité, d’un mot, d’une phrase au détour d’une lettre, cela suffisait.
Il est des hommes qui inspirent d’emblée le respect, Louis Schweitzer en faisait partie.
Avec Laurent Fabius, il avait trouvé son équivalent humain et intellectuel, même s’il reconnaissait toujours le sens politique supérieur de celui dont il était devenu le directeur de cabinet au ministère du budget, de l’industrie, puis à Matignon, en 1984. De là est née une grande amitié et une fidélité que seule sa disparition interrompt.
Quelles que soient les responsabilités respectives, dans le petit groupe qui s’est formé ces année- là autour de Laurent Fabius, une solidarité sans faille s’est créée dans laquelle Louis tenait une place majeure, toujours là en cas de besoin, engagé dans de multiples causes qui mettaient en jeu le droit, la justice, notamment à la présidence de la Haute Autorité de lutte contre le discriminations et pour l’égalité (HALDE), mais avec une grande conscience des réalités d’un monde dans lequel il fallait évoluer sans rien renier des principes et des convictions qui étaient les siennes, et qu’il a mis en œuvre sur le plan politique comme dans l’industrie. Un homme dont on sollicitait les avis, précieux, courts et précis, justes et apaisants.
Son jardin secret était simple : sa femme, ses deux filles, ses petits-enfants, au premier plan, un trésor qu’il chérissait. Et puis le théâtre, une passion inextinguible, qui le conduisait à voir toutes les pièces, toute l’année et encore plus au festival d’Avignon dont il a été président, durant quinze ans, de 2005 à 2020. Pour l’avoir retrouvé durant toutes ces années, j’admirais sa capacité à voir deux, trois, voire quatre spectacles par jour, une boulimie dont il ne s’échappait que pour entendre des opéras à Aix-en-Provence. Le théâtre, le théâtre, encore et toujours… mais aussi les livres, Louis Schweitzer était un grand bibliophile amateur d’éditions rares, classiques, exposées dans les vastes bibliothèques de son bureau, et qu’il entretenait avec soin, tout comme ses tableaux exposés sur les murs de son appartement, car il aimait l’art contemporain, ne manquait jamais un salon, une exposition, allait voir les artistes chez eux, très au fait des tendances de l’art comme des livres, essais économiques ou politiques, mais aussi romans, il s’enquerrait de tout.
Louis Schweitzer a bien vécu, réalisé des œuvres importantes dans sa vie, fait du bien autour de lui, et affronté la maladie avec courage, pudeur et dignité. Respect, disais-je ? Oui, et reconnaissance.



