LR : la tentation lepéniste

par Valérie Lecasble |  publié le 10/09/2025

Sous la pression de leurs électeurs, les députés les Républicains sont de plus en plus tentés de constituer l’union des droites, quitte à se rapprocher des lepénistes. En cas de dissolution, certains d’entre eux pourraient aider le RN à s’emparer de Matignon.

L'ancien président Nicolas Sarkozy s'entretient avec le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau lors d'une cérémonie en hommage à la policière Aurélie Fouquet, tuée en service en 2010, à Villiers-sur-Marne, le 20 mai 2025. (Photo STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Que se passe-t-il chez Les Républicains ? C’est bien une fracture d’une ampleur inédite qu’a subie la droite républicaine lors du vote de confiance à François Bayrou. D’abord tenté par le soutien à Bayrou, Laurent Wauquiez s’est résolu à laisser la liberté de vote aux 49 députés de son groupe afin d’éviter le risque d’être désavoué. Il a bien fait car seulement 27 d’entre eux, guère plus de la moitié, ont voté la confiance à Bayrou, tandis que 13 ont voté contre et 9 se sont abstenus. Un éparpillement lourd d’enseignements dans ce parti qui aurait dû soutenir le gouvernement puisqu’il y comptait 7 ministres.

« Ce n’est pas un jugement sur le fond. Bayrou nous enfermait dans l’inaction », nuance Fabien Di Filipo, député LR de Moselle qui a voté contre. Une façon de dire que ce n’est pas la politique du gouvernement qui était en jeu mais la personnalité de son Premier ministre. On aimerait le croire, tant le soutien des députés LR au futur chef du gouvernement sera crucial. A quoi servirait-il d’obtenir la non-censure du Parti socialiste s’il ne conservait pas celle des LR ? Il perdrait d’un côté ce qu’il gagnerait de l’autre.

L’autre explication est que : « cette division des votes résulte de la guerre des chefs entre Wauquiez et Retailleau », assure ce connaisseur de la droite. Elle est courte puisque tous deux avaient appelé à voter la confiance, ce qui n’a pas dissuadé 22 députés d’entrer en dissidence. La vraie raison, indiscutable, est que : « les députés qui se sont abstenus ou ont voté contre la confiance sont implantés dans des circonscriptions où ils sont de plus en plus concurrencés par le Rassemblement National. Ils n’ont pas envie qu’on leur dise aux prochaines élections qu’ils sont les zozos qui ont voté pour Emmanuel Macron ».

Voilà bien la réalité : « c’est la pression de leurs électeurs qui pousse les élus LR dans les bras du RN. Toutes les études le prouvent : les Français n’en peuvent plus d’Emmanuel Macron avec son en-même-temps qui échoue. Ils veulent que les droites s’unissent pour gagner et changer de politique », conclut ce spécialiste de l’opinion. Si on ajoute à cela que Nicolas Sarkozy a donné son imprimatur en incluant le RN dans l’ « arc républicain », on comprend à quel point s’est installée en France la dédiabolisation du Rassemblement National.

Donnera-t-elle l’autorisation aux députés LR, un parti de gouvernement issu du gaullisme et du RPR qui a réuni des personnalités comme Jacques Chirac, Alain Juppé ou François Fillon, de franchir le Rubicon en allant s’acoquiner avec le Rassemblement National ? Ceux qui l’ont tenté se sont fracassés, comme Eric Ciotti, cantonné à se présenter à la mairie de Nice.
Ce qui donne des arguments à d’autres, convaincus que les députés LR n’accepteront jamais d’être les supplétifs d’un RN dominant sous la houlette d’un Jordan Bardella à Matignon. Jamais, affirment-ils, ils ne se contenteront de quelques miettes et arguent que la situation en France ne ressemble pas à celle de l’Italie, où l’extrême droite de Matteo Salvini ne dépasse pas les 8%.

Pour exister, face à Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez évoque une coalition qui irait de « Darmanin à Knafo », sans oser pour l’instant y inclure le Rassemblement National. Mais demain ? « En cas de dissolution, les droites s’allieront, assure ce proche de Nicolas Sarkozy. La poussée du RN est trop forte, et il n’y a pas d’autre majorité possible dès lors que les socialistes indécrottables votent toujours avec LFI dans les moments clé comme celui de la confiance à Bayrou ». Des propos énoncés sous la colère de voir chuter un deuxième gouvernement en un an. Mais qui sont révélateurs de la poussée du Rassemblement National dans les esprits : à droite, tous les tabous sont levés.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique