Macron : autopsie d’un ratage
Le président a voulu transférer sur la politique intérieure le crédit gagné dans les affaires internationales. Son échec reflète surtout l’enlisement du macronisme au pouvoir.
Parlons sans ambages : c’était raté. Emmanuel Macron a voulu revenir en force – ou en gloire – sur la scène intérieure, il a manqué son coup. Il eût mieux valu qu’il se cantonnât aux affaires internationales, où il creuse depuis plusieurs mois son sillon avec activité et maîtrise. Ce furent ses deux moments forts : une explication limpide de son action sur l’Ukraine, une condamnation claire et passionnée de la politique Netanyahou. Pour le reste, on a assisté à une lénifiante justification de ses huit années de mandat. Il le sait probablement au fond de lui : il suffisait d’observer les regards désabusés qu’il a jetés plusieurs fois sur ses interlocuteurs, rencogné dans son fauteuil, comme si l’affaire, au fond, ne le concernait plus.
À vrai dire, cette trop longue intervention portait en elle-même son échec : à quoi sert de susciter une curiosité préalable si on ne la satisfait pas au bout du compte ? Emmanuel Macron s’est retrouvé comme un scénariste qui met en place un suspense sans proposer de dénouement, comme un auteur de polar qui tient son lecteur en haleine, mais omet de donner le nom de l’assassin à la fin du roman. Le public se sent floué.
Les communicants de l’Élysée avaient alimenté l’idée que le président voulait organiser un ou plusieurs référendums. On attendait la réponse, elle n’est pas venue, sinon sous la forme d’hypothèses nébuleuses. On a surtout entendu parler des référendums qui n’auraient pas lieu : sur les retraites, sur l’immigration, sur le budget. Les autres ? Peut-être, il faut voir, attendons…
Si bien que l’émission annoncée à son de trompe s’est ramenée à un long plaidoyer pro domo, dont les arguments sont connus et rebattus, face à des contradicteurs pugnaces qui ont mis plusieurs fois le boxeur dans les cordes. Non qu’Emmanuel Macron soit dénué de ressort, ou que sa facilité rhétorique ait disparu. Mais quand on n’a rien à annoncer, on joue en défense, dans une position par nature inconfortable.
Cet échec de forme traduit une difficulté de fond. Depuis la dissolution qu’il a décidée avec une rare désinvolture, Emmanuel Macron est en cohabitation avec un ami-adversaire. Il dépend de François Bayrou qui, lui-même, dépend d’un Parlement sans majorité. Il ne peut rien décider, face à un Premier ministre qui ne peut pas décider grand-chose. Si bien que sa parole flotte dans une mer d’incertitude. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit floue, incertaine, conjecturale quant à son action à venir.
À qui la faute ? À la tripartition de l’échiquier politique qui ne produit que les majorité négatives, certes. Mais pas seulement : à l’incapacité de l’exécutif, aussi, à constituer une quelconque coalition. Le couple Macron-Bayrou cherche à s’accorder avec la droite pour faire passer ses projets, loin du « en même temps » initial, mais la droite les soutient du bout des lèvres en espérant leur échec. Le macronisme ne veut pas, en revanche, envisager les concessions nécessaires pour obtenir le soutien de la gauche, ou d’une partie de la gauche, sur ses projets. C’est cette dépendance volontaire à l’égard des plus conservateurs, ou des plus droitiers, qui prive Macron et Bayrou de leur pouvoir d’agir. Ce qui réduit le président à commenter, comme hier soir, son action passée, et son inaction présente.



