Macron interdit de séjour en Israël
Emmanuel Macron persona non grata en Israël ? Le gouvernement Netanyahou ne cesse d’accentuer son propre isolement. Une interdiction que le président français serait bien inspiré de contourner.
La tension monte. Selon Meyer Habib, ancien député français dans la confidence de Benyamin Netanyahou et qui relaie ses arguments, Emmanuel Macron a été informé qu’il n’était pas le bienvenu sur le sol israélien. Une conséquence directe de sa volonté de reconnaître l’État palestinien.
Le Premier ministre israélien ne masque plus son agacement vis-à-vis d’Emmanuel Macron, qui a pris la tête du mouvement pour la reconnaissance de la Palestine et a ainsi replacé la question palestinienne au centre du débat géopolitique. Mais cet épisode dépasse la simple colère ou la volonté de représailles symboliques.
Depuis le 7 octobre, Israël est de plus en plus isolé sur la scène internationale. Entre menaces ou boycotts réels de la part d’entreprises ou d’artistes, les équipes sportives israéliennes sifflées, ou encore les touristes agressés ou intimidés lors de leurs voyages à l’étranger, le phénomène est indéniable. Le génie cynique de Netanyahou a été de transformer ce qui aurait dû être un handicap en atout, en créant un sentiment d’unité non pas autour de lui et de son gouvernement, mais autour du drapeau.
Pour beaucoup en Israël, les réactions hostiles contre leur pays ne découlent que de l’antisémitisme et du sentiment anti-israélien, qui n’attendaient qu’un nouveau prétexte pour s’exprimer. Ce sentiment est, à bien des égards, compréhensible si on le compare aux réactions vis-à-vis d’autres conflits armés, mais il permet aussi d’éviter de se poser des questions difficiles sur la manière dont la guerre est conduite.
Netanyahou a réussi jusqu’ici à échapper à toute forme de responsabilité dans l’échec colossal du 7 octobre. Il tente désormais de se soustraire à cette même responsabilité sur la conduite de la guerre et sur la façon dont elle affecte la position d’Israël dans le monde. Dans cette optique, il est crucial pour lui de maintenir son récit du « nous contre le reste du monde ».
Un narratif qui rendrait la visite de Macron éminemment risquée pour Netanyahou : le président français estime que la meilleure manière d’assurer la sécurité d’Israël est une intégration régionale complète passant par la reconnaissance d’un État palestinien démilitarisé, avec des garanties de sécurité et la fin du Hamas. Une approche qui peut être considérée comme imparfaite, naïve, ou pas assez exigeante (par exemple sur la question des otages ou de la réforme de l’Autorité palestinienne), mais elle ne constitue pas une punition pour Israël ni une récompense pour le Hamas, contrairement à ce que prétend la droite israélienne.
Netanyahu a besoin de présenter la guerre à Gaza comme existentielle et d’éviter toute discussion sur la diplomatie ou sur le « jour d’après » cette guerre, afin d’assurer sa survie politique et de justifier un conflit qui a perdu la légitimité internationale et domestique qu’il avait au début. La vision de Macron propose un chemin alternatif, pour montrer aux Israéliens que « le monde n’est pas contre Israël » et que la guerre perpétuelle n’est pas la seule voie possible.
Très impopulaire en Israël et déjà affaibli par d’immenses manifestations, Netanyahu ne veut pas que la bulle cognitive, qui existe trop souvent dans le pays à propos de son isolement, éclate avec la visite de Macron.
L’opposition même de Netanyahu à ce voyage devrait convaincre Macron qu’il s’agit de la chose à faire. Il ne devrait donc pas venir physiquement en Israël, mais s’adresser aux Israéliens par le biais de leurs médias, en assumant des désaccords, afin de leur montrer qu’ils ont des amis qui se soucient d’eux et veulent le meilleur pour eux – contrairement à leur gouvernement, qui mêle idéologie d’extrême droite et opportunisme politique.



