Macron, l’acharné
La France vit une crise politique historique en raison de l’attitude de son président de la République buté et incapable d’accepter de lâcher la main. Un immense gâchis qui remet en cause nos institutions où un seul homme, le Président, peut conduire le pays au bord du gouffre.
Depuis le début, c’est lui qui bloque. Après la funeste dissolution qui a plongé la France dans le chaos, Emmanuel Macron n’a jamais compris qu’il n’avait plus la majorité, donc plus la main et qu’il devait accepter une forme de cohabitation. Il a grillé trois premiers ministres, Michel Barnier, François Bayrou puis Sébastien Lecornu, sans leur laisser la latitude de négocier. On était à deux doigts d’y arriver mais à la fin, l’obstination élyséenne a jeté bas l’édifice patiemment construit. C’est ce qu’ ont dit successivement, chacun à sa manière, Bayrou et Lecornu avant de jeter l’éponge. Sans que l’on comprenne d’ailleurs pourquoi aucun des trois n’a eu l’audace de tordre le bras du chef de l’Etat.
La façon dont s’est jouée la nomination de Bruno Le Maire aux Armées, qui a mis le feu aux poudres et achevé de convaincre Sébastien Lecornu de quitter Matignon, en est la dernière illustration. Excipant du « domaine réservé » – ce que la Constitution ne démontre pas -, le président de la République propose le poste à Edouard Philippe. Idée saugrenue, alors que sur RTL, quelques jours plus tard, le patron d’Horizons réclamera sa démission ! Edouard Philippe évidemment refuse et propose à Emmanuel Macron de choisir à sa place son secrétaire général, maire d’Angers, Christophe Béchu. Le chef de l’Etat élimine avec dédain l’hypothèse et impose Bruno Le Maire malgré la mise en garde de l’ex-ministre de l’Économie sur la façon dont les Français accueilleront sa nomination.
Le reste est connu : le clash avec Bruno Retailleau plonge le pays dans une crise politique sans précédent. Et pourtant, la possibilité d’un accord existait. La semaine précédente, lors du retour d’Emmanuel Macron du Conseil européen à Copenhague, Sébastien Lecornu l’informe lors d’un dîner à l’Élysée qu’il suffirait de suspendre la réforme des retraites pour obtenir la non-censure du Parti socialiste. Lecornu n’y serait pas défavorable. Pour éviter la casse sur la taxation des hauts revenus et des entreprises avec des propositions à minima et qui ne mettent pas en danger l’équilibre des finances publiques, il sait qu’il doit donner une victoire politique claire au Parti Socialiste. Suspendre la réforme des retraites est la plus évidente et elle ne coûterait pas plus de 4 à 5 milliards d’euros jusqu’à la présidentielle qui, de toute façon, rebattra les cartes. Emmanuel Macron demeure inflexible, poussé par une partie de son entourage à défendre coûte que coûte son – maigre – bilan.
Désormais dos mur, il laisse planer la menace d’une dissolution (dont il ne veut pas, en fait) si les partis politiques ne parvenaient pas à un compromis avant mercredi. Persistera-t-il dans son aveuglement ? Candidat à Matignon, Olivier Faure sur TF1 tend la main. Il n’exige plus de « suspendre » la réforme des retraites mais évoque de laisser le « débat » se tenir au Parlement. Il dit aussi, comme Sébastien Lecornu, qu’il n’aurait pas recours au 49-3. Deux engagements qui permettraient, s’il devait être nommé, de replacer les retraites dans un contexte démocratique à l’Assemblée nationale qui n’a pas eu accès au vote, muselée par l’utilisation par Elisabeth Borne du 49-3 sur une réforme qui avait pourtant mis trois millions de personnes dans la rue pour la combattre.
Ce compromis est-il possible ? Emmanuel Macron va-t-il de nouveau nommer à Matignon quelqu’un de son camp ? Ou bien se résoudra-t-il enfin à tenter l’expérience d’un Premier ministre socialiste comme tout devrait l’y inciter ? (Voir l’éditorial de Laurent Joffrin : « Et si le PS gouvernait ? » ) Gabriel Attal, qui ne manque plus une occasion de prendre sa liberté avec Emmanuel Macron, a téléphoné à Olivier Faure pour voir s’il était possible entre le PS, les Verts voire le PC d’une part, et le bloc central de l’autre, de négocier un accord de non-censure susceptible de permettre à un gouvernement socialiste de durer.
Le temps est compté. Nul doute qu’Emmanuel Macron l’utilise pour vérifier s’il ne peut trouver encore une fois quelqu’un de son obédience. Mais Gérard Larcher à qui il l’a proposé, a refusé. Et il n’apprécie guère Yaël Braun-Pivet, qui est, elle, ouvertement candidate à Matignon. Sans compromis, il ne lui resterait plus que la dissolution dont les partis ne veulent pas, sauf le RN et LFI. Un saut dans l’inconnu dont l’atterrissage porte le nom du Rassemblement National.



