Macron-Meloni : liaison discrète
Les lignes bougent entre Paris et Rome. Des signaux diplomatiques récents suggèrent un rapprochement pragmatique entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni. Derrière les désaccords de façade, une convergence stratégique est en train de s’installer à bas bruit.
Leurs relations ne seront jamais au beau fixe, c’est entendu. Mais quelque chose est en train d’évoluer positivement entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni — et, par conséquent, entre la France et l’Italie. Le changement s’est esquissé publiquement lors de la conférence de presse annuelle de la présidente du Conseil italien, lorsque l’intéressée a reconnu qu’Emmanuel Macron avait « raison de vouloir réanimer les relations avec Vladimir Poutine ». Une déclaration inattendue, que peu avaient anticipée. Depuis, les signes d’un rapprochement franco-italien se sont multipliés.
Il y a d’abord eu le dossier du Mercosur. Après vingt-cinq ans de négociations, le « couple » franco-italien a pesé pour infléchir la réforme de la nouvelle politique agricole commune, en obtenant davantage de garanties pour les agriculteurs français et italiens. Si, au terme des discussions, l’Italie a approuvé le texte final, à l’inverse de la France, la convergence de vues était bien réelle. D’autres signaux sont venus confirmer cette évolution : sur l’Ukraine, avec une Italie qui se rapproche du camp des « volontaires », tout en excluant une participation militaire après un éventuel cessez-le-feu ; sur le Venezuela, lorsque Paris et Rome refusent d’entériner la « méthode Trump » consistant à capturer un chef d’État. À propos du Groenland enfin, en réaffirmant l’appartenance européenne de l’île. Plus largement, sur la globalité des relations entre l’Europe et les États-Unis, une forme d’entente pragmatique semble s’être installée. Au point que les médias italiens ont cherché à décrypter les indices de ce changement de cap.
Ils ont notamment relevé que la visite éclair de Giorgia Meloni à Paris, le 6 janvier, s’était déroulée selon un protocole inhabituel. La cheffe de l’exécutif est arrivée vers 15 heures à l’Élysée, alors que les vingt-six autres chefs d’État et de gouvernement étaient déjà réunis. Vêtue de noir, elle est descendue d’une Maserati aussitôt stationnée dans la cour du palais présidentiel. Pas d’accueil officiel, ni du président français ni d’un membre du gouvernement. D’aucuns auraient pu y voir une mise à distance délibérée d’Emmanuel Macron. Il n’en était rien.
Le scénario avait été mûrement réfléchi par Giorgia Meloni elle-même, et communiqué à son homologue français. Elle souhaitait que son adhésion à la coalition des volontaires se fasse dans la plus grande discrétion. Sans image susceptible de froisser Donald Trump. Le résultat fut conforme à cette intention : rien de spectaculaire ni de blessant pour « l’ami américain » ce jour-là à Paris. Après quelques minutes d’échanges, Giorgia Meloni est repartie pour Rome, toujours seule et discrète, à bord de sa Maserati noire.
Meloni en position de médiatrice européenne
Les médias conservateurs la présentent désormais comme une « médiatrice idéale entre l’Europe et les États-Unis ». À gauche, les accusations d’« éclectisme caméléon » se font plus rares. L’ancien président du Conseil et ex-commissaire européen Mario Monti estime qu’elle pourrait devenir « la figure centrale d’une nouvelle phase de l’unification européenne ». Le Daily Telegraph britannique la qualifie même de « dirigeante mondiale la plus influente de l’année 2025 ».
Faut-il y voir la fin de la crise du couple franco-italien et l’émergence d’une collaboration pragmatique européenne ? Cette interprétation semble aujourd’hui crédible, y compris au Palais Farnèse, siège de l’ambassade de France à Rome.



