Macronisme : en marche vers l’enfer

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 10/10/2025

Avec deux anciens Premiers ministres qui répudient spectaculairement le chef de l’État, des perspectives électorales désastreuses et des alliés Républicains qui rêvent de l’union des droites, le parti du président vit un cauchemar. La fin du centre ?

Le secrétaire général du parti, Gabriel Attal, s'entretient avec le maire du Havre, Édouard Philippe, lors d'un meeting du parti centriste français Renaissance, le 6 avril 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)

Les macronistes sont menacés de disparition. L’impopularité de leur chef de file est telle que chacun songe d’abord à sauver sa peau, quitte à passer par pertes et profits leur maigre bilan (la réforme des retraites) et à critiquer ouvertement les choix de celui qui les avait fait rêver en 2017. On ne trouve plus beaucoup de « moines soldats », comme s’est qualifié Sébastien Lecornu.

Les deniers sondages ont de quoi traumatiser les troupes. Si des élections législatives avaient lieu aujourd’hui, l’IFOP prédit une poussée importante du RN (jusqu’à 35% des voix) et un effondrement du bloc central : avec 13% des électeurs, c’est le score le plus bas jamais atteint dans des intentions de vote, qui laisse augurer très peu d’élus à l’arrivée, moins de cinquante députés.

Cette catastrophe annoncée se double d’une difficulté à organiser une solution de rattrapage. On pourrait imaginer que, face au danger, le socle commun s’unisse et ne présente qu’un seul candidat pour additionner leurs faibles forces (LR est crédité de 11%). Mais cette roue de secours semble crevée : l’union des droites est en marche, qui paraît préférable à l’union avec le centre à 41% des électeurs Républicains.

Le terrain pour une telle évolution est préparé. Nicolas Sarkozy, dans une interview remarquée du Figaro, a donné le statut de parti respectable au RN, affirmant qu’il faisait partie de l’arc républicain. A partir de là, rien ne s’opposerait à une alliance électorale et même une coalition gouvernementale. Laurent Wauquiez, ennemi juré de Bruno Retailleau, œuvre clairement dans cette direction. Il a déjà publiquement souhaité que la droite s’ouvre jusqu’à Sarah Knafo (Reconquête), dernière étape avant d’aller jusqu’au RN.

Il ne manquait plus au cauchemar des néo-macronistes que l’apparition d’un Brutus. Ils en ont eu deux pour le prix d’un. Gabriel Attal a ouvert le feu en déclarant qu’il ne « comprenait plus les décisions du Président » et l’appelant à lâcher les manettes. Edouard Philippe, pour sa part, lui a carrément indiqué le chemin de la sortie, en réclamant une présidentielle anticipée. L’un et l’autre, espérant un destin national, se sont sentis obligés de se couper brutalement d’un mentor radioactif. Cela en dit long sur l’état de décomposition de macronisme.

Emmanuel Macron, après avoir fait triompher le « en même temps » est en train d’achever le centre. La vie politique semble s’orienter vers une recomposition où la droite, dans toutes ses nuances, s’unit pour s’imposer, tandis que la gauche modérée devient le réceptacle des nombreux déçus du macronisme. Mais cette restructuration dans la douleur risque de passer par la case défaite.

Car le vent porte actuellement l’extrême-droite à un degré inédit. Il permet au mouvement de Marine Le Pen d’affronter les échéances électorales en position de « force tranquille ». La fragmentation du reste de l’échiquier peut lui faire espérer que le pouvoir lui tombera comme un fruit mur dans les bras. Elle n’a en effet plus guère d’efforts à fournir, tant ses adversaires et concurrents lui fournissent du carburant. Voilà pourquoi la dame au chaton a le sourire et les démocrates n’ont plus que leurs yeux pour pleurer…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse