Mairie de Paris : Michel Barnier s’y voit déjà

par Valérie Lecasble |  publié le 15/08/2025

A 74 ans, le savoyard, élu plus jeune député de France il y a près de cinquante ans, refuse de sortir du jeu. En se portant en septembre prochain candidat aux élections législatives dans la seconde circonscription, il vise en fait la mairie de Paris.

Michel Barnier, candidat à la deuxième circonscription de Paris aux législatives partielles à la Convention Nationale d'investiture du parti Les Républicains, à Paris, le 28 juillet 2025. (Photo Carine Schmitt / Hans Lucas via AFP)

Il ne faut pas sous-estimer Michel Barnier. L’été dernier, lorsqu’Emmanuel Macron entretient le suspense sur l’identité du futur Premier ministre – Lucie Castets, Bernard Cazeneuve ou un autre -, le savoyard profite de la torpeur politique des Jeux Olympiques pour se positionner auprès de son ami Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée. Finalement, à la surprise générale, c’est lui qui remporte Matignon.

Cette fois encore, sa candidature aux élections législatives de septembre dans la seconde circonscription de Paris n’a rien d’anodin. Lui qui a ancré sa longue carrière dans sa Savoie natale – son mentor Jacques Chirac moquait volontiers le « crétin des Alpes » – argue de son domicile proche de l’église Sainte Clotilde dans le 7ème arrondissement pour justifier son parachutage à l’élection législative partielle de la circonscription.

Investi officiellement par le parti LR, il assure n’avoir aucune ambition pour les municipales. Mais Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement et candidate à la mairie de Paris se gendarme aussitôt : elle ne laissera pas l’ex-Premier ministre venir la défier sur ses terres. Pour l’en empêcher, elle se portera elle-même candidate contre lui. La classe politique raille cette guerre picrocholine entre deux poids lourds de la droite et s’indigne que Rachida Dati veuille s’arroger tout le pouvoir à Paris. Présidente de la région, Valérie Pécresse arbitre : à Michel Barnier l’Assemblée nationale, à Rachida la capitale.

Sauf que Rachida Dati a raison de s’énerver. A 74 ans, Michel Barnier conserve de grandes ambitions. Plus jeune député de France à 27 ans, président du Conseil général de Savoie puis quatre fois ministre (Environnement, Affaires européennes et étrangères, Agriculture) avant d’être nommé Commissaire européen puis négociateur du Brexit et de couronner sa carrière par un éphémère passage à Matignon, Michel Barnier est un coriace qui croit en son étoile jusqu’à se présenter en 2022 à la primaire de la droite pour l’élection présidentielle.

Il connaît bien Rachida Dati pour avoir mené avec elle une campagne pour les élections européennes. Il sait surtout à quel point sa candidature à la mairie est fragilisée, même si elle s’appuie sur une alliance entre le bloc central et les LR. Certes, elle bénéficie d’une belle notoriété et d’une vista politique qu’il ne peut lui dénier. Mais elle divise au sein de son camp en raison de ses affaires judicaires : elle sera un jour ou l’autre renvoyée devant les tribunaux pour avoir touché de Renault 900 000 euros sur trois ans sans contrepartie évidente. Que son procès ait lieu avant ou après les municipales de mars 2026, elle est menacée par une inéligibilité qui l’empêcherait, selon la date, de devenir ou de rester maire de Paris.
Rigide jusqu’à être parfois buté, Michel Barnier ne bénéficie pas de l’atout d’empathie d’une Rachida Dati. Mais il a l’avantage d’un parcours solide allié à une réputation morale irréprochable. Il lui manque l’implantation à Paris, sans laquelle les Parisiens pourraient hésiter à voter pour lui.

Ne nous y trompons pas : comme il l’a confié à des proches, Michel Barnier ne veut pas seulement redevenir député. Il veut remporter l’élection législative de septembre pour remplacer Dati dans la course à la mairie de Paris. Et ce n’est pas seulement sa volonté. Il est soutenu par une bonne partie de la droite, Bruno Retailleau en tête, qui souhaite faire obstacle aux ambitions de la ministre de la Culture. Les uns reprochent à Rachida Dati ses casseroles judiciaires, les autres ne lui pardonnent pas d’avoir quitté LR pour rejoindre Macron et revenir ensuite au sein du parti. Des critiques partagées par une bonne partie des macronistes qui la jugent trop opportuniste et doutent de sa rectitude financière.

A droite, la guerre est donc déclarée et chacun devra choisir son camp. Voilà qui complique encore le jeu d’une bataille où la gauche part elle aussi en ordre dispersé. Entre le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, qui jure qu’il ne s’alliera pas à La France Insoumise, et l’écologiste David Belliard qui est tenté par une alliance avec les communistes et les Insoumis, c’est à celui qui arrivera en tête au premier tour pour rassembler derrière lui au second. C’en est donc fini de la sacro-sainte candidature commune entre les socialistes et les écologistes qui a assuré pendant des lustres la victoire de la gauche à Paris.

Qui gagnera ? Jamais les élections municipales, y compris à Paris, n’ont été aussi politiques et incertaines. Entre une droite divisée et une gauche qui se cherche, elle préfigurera le rapport de forces pour l’élection présidentielle.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique