Mamdani : le faux modèle

par Laurent Joffrin |  publié le 05/11/2025

La gauche extrême célèbre l’élection du premier maire musulman de New-York comme une grande victoire de la radicalité. Comme toujours, la vérité du scrutin d’hier est plus complexe.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Un socialiste musulman à la tête de la municipalité new-yorkaise ! L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de la « Grosse Pomme », comme on surnomme la capitale financière et culturelle des États-Unis, est un coup de tonnerre dans le ciel politique américain. Elle conforte la gauche du Parti démocrate, celle de Bernie Sanders et d’Alexandra Ocasio-Cortez, dont Mamdani est issu ; elle consacre l’ascension d’un militant décolonial très officiellement membre du parti socialiste américain, petite formation très à gauche qui détonne dans le paysage états-unien. Donald Trump avait furieusement mis en garde contre cette élection, tonnant contre un « communiste fou » susceptible de faire basculer New-York dans un wokisme échevelé.

Ce qui appelle quelques remarques. Un Parti démocrate tombé à l’extrême-gauche ? Voire. Les Américains ont aussi voté en Virginie, dans le New Jersey et en Californie. À chaque fois, ce sont des démocrates classiques, plutôt centristes, qui l’ont emporté : la nouvelle gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger, avait mené une campagne centrée sur le rejet de Donald Trump. Dans le New Jersey, Mikie Sherill, ancienne lieutenant de l’armée, pilote d’hélicoptère, au discours modéré, a battu le candidat républicain soutenu par le président. En Californie, le référendum sur le découpage électoral a débouché sur la victoire de Gavin Newsome, gouverneur talentueux aux positions elles aussi classiques.

En fait le scrutin est surtout un revers pour Donald Trump, qui voit ses adversaires démocrates, jusque-là tétanisés par l’ouragan MAGA, relever la tête et remporter quatre scrutins le même jour. En fait, ce n’est pas tant la radicalité des programmes qui a été plébiscitée, qu’une opposition sans concessions au trumpisme, réclamée à cor et à cri par l’électorat démocrate et par la base militante du parti.

Dans ce contexte, l’élection de New-York fait figure d’exception, ce qui n’est pas nouveau. De 2014 à 2021, la ville a été dirigée par un autre maire très à gauche, Bill de Blasio, lui aussi socialiste, soumis lui autant à des accusations d’extrémisme, ce qui n’avait guère changé le barycentre idéologique du parti. Au vrai le « socialisme » de Mamdani serait en France d’une parfaite banalité. Le nouveau maire promet la gratuité des transports, la régulation des loyers, la construction de logements sociaux et le soutien à des épiceries associatives, toutes choses depuis longtemps mises en œuvre dans les grandes villes françaises par des élus de la gauche réformiste.

Reste bien sûr le point qui fâche chez Mamdani : ses positions propalestiniennes et antisionistes très affirmées. Le nouveau maire a grandi dans une famille d’intellectuels décoloniaux militants. Il a fréquenté des associations propalestiniennes proches des Frères musulmans. Il a qualifié de « génocide » l’opération militaire israélienne à Gaza, refuse de condamner le slogan « globalisons l’intifada » et se montre très flou sur le désarmement du Hamas, toutes positions pour le moins contestables. Celles-ci doivent être combattues, mais elles doivent aussi faire réfléchir : il est probable que la brutalité et la longueur de la guerre de Gaza ont facilité la diffusion des idées décoloniales, chez les jeunes progressistes notamment, et jusqu’au sein de la communauté juive américaine, dont une forte minorité à New-York, a voté Mamdani. Habituelle aux États-Unis, en pleine ascension en Europe dans les partis extrêmes, la « politique de l’identité » n’a pas fini d’exercer son influence délétère.

Laurent Joffrin