Marine Le Pen à Matignon ?

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 28/08/2025

Si le ou la successeure de François Bayrou ne parvient pas à trouver un compromis budgétaire avec les députés, Emmanuel Macron sera contraint de dissoudre. Avec un fort risque de donner les clefs au RN.

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN), s'exprime lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, le 24 juin 2025. (Photo de Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

Ce n’est pas pour tout de suite, mais il est bien possible que les Français soient de nouveau appelés aux urnes en cas d’impasse politique. Si le gouvernement de François Bayrou tombe, comme il est probable, le 8 septembre, Emmanuel Macron commencera par nommer une nouvelle équipe chargée de donner un budget à la France. Et de faire les économies nécessaires pour ne pas déclencher la foudre des marchés.

De deux choses l’une, alors : soit un compromis est trouvé avec les socialistes ou avec les lepénistes, et le président peut espérer terminer son mandat sans trop de soucis ; soit aucun de ces opposants n’estime suffisantes les concessions envisagées pour boucler la loi de finances, et une motion de censure sera votée, mettant fin à tout espoir de faire fonctionner les institutions avec l’Assemblée nationale actuelle. Le chef de l’Etat n’aurait plus le choix. Il devrait dissoudre, ultime initiative avant que sa démission ne soit réclamée.

On comprend qu’Emmanuel Macron n’envisage pas une dissolution de gaité de cœur. La dernière expérience a été cuisante et la suivante pourrait se révéler pire encore. Le restant de ses troupes peut être écrasé et, plus terrible encore, le nombre de députés du Rassemblement national peut augmenter, au point de friser, ou d’atteindre, la majorité.

Plusieurs facteurs vont dans ce sens. D’abord la dynamique d’un parti frustré de sa victoire en 2024 par la faiblesse de ses candidats et la constitution d’un front républicain pour l’empêcher d’arriver au pouvoir. Aujourd’hui, le RN s’est débarrassé des brebis galeuses – au moins l’assure-t-il – et l’organisation d’un barrage républicain contre lui est rien moins que certain. Les outrances de Jean-Luc Mélenchon empêcheront beaucoup d’électeurs de droite et du centre de voter pour un candidat LFI pour faire barrage à l’extrême-droite.

Ensuite, malgré les ennuis judiciaires de Marine Le Pen, la progression du RN ne se dément pas. Les scores annoncés de ses deux leaders à la présidentielle sont très hauts. Au lendemain de la dernière dissolution, la victoire n’était pas loin. Certes, les 33% « seulement » du premier tour ne suffisaient pas à assurer le succès au second (les projections promettant un triomphe RN étaient basées sur des sondages lui accordant un score de 36% au premier tour). Mais un an plus tard, la situation sera plus favorable encore pour l’extrême-droite.

Car celle-ci, enfin, peut bénéficier de la faiblesse de ses adversaires. Qui conduira la campagne pour ce qu’il reste de majorité ? Les partis du socle commun – ou du bloc central, on s’y perd – s’entendront-ils pour désigner un seul candidat ? Avec quel message ? Faire des économies ? On trouve plus porteur dans une élection. Quant à la gauche, on peut se demander à quoi elle ressemblera. A une reconstitution de ligue dissoute, avec un raccommodage peu ragoûtant entre le PS et LFI ? Ou un chacun pour soi mortifère quand la barre des 12,5% des inscrits doit être franchie pour accéder au second tour ? Difficile pour les socialistes de tirer leur épingle du jeu, qu’ils soient avec ou sans les Insoumis.

Cela les incitera peut-être à se montrer moins intransigeants sur les mesures qu’ils souhaitent obtenir pour ne pas censurer. Mais la pression est forte pour ne pas laisser LFI parader en seul défenseur des opprimés. Si à l’Élysée comme à Matignon, on ne lâche pas assez, ce qui n’est pas à exclure, on va droit dans le mur. Peut-être pour le plus grand bonheur de Marine Le Pen qui, bannie du Palais Bourbon, ressusciterait à Matignon…

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse