Marine Tondelier : la déroute

par Valérie Lecasble |  publié le 04/06/2025

L’écologie vient de perdre trois batailles successives : Marine Tondelier fait part de son ire sur France Inter. Elle oublie de dire que ces échecs sont aussi les siens.

Lundi 2 juin 2025, Marine Tondelier était l'invitée de la matinale de France Inter. (capture d'écran © France Inter)

Elle a raison d’être en colère, Marine Tondelier. Un jour, grâce à un tour de passe-passe où ils feignent de rejeter la loi Duplomb pour mieux la faire adopter, les députés réautorisent des pesticides interdits et dangereux pour la santé. Peu après, les mêmes suppriment les Zones à faible émission, les ZFE, qui protégeaient jusque-là les grandes villes de la sur-pollution automobile. Et voilà que la justice autorise la reprise du chantier de l’A69 combattue par les défenseurs de l’environnement et qui, de l’aveu même du ministre des Transports, Philippe Tabarot, coûtera 200 000 euros chaque jour jusqu’à son achèvement en 2026.

Quelle déculottée ! La cheffe des Verts s’indigne : comment les élus et les magistrats français peuvent-ils faire fi à ce point des enjeux écologiques jusqu’à assumer de précipiter le décès de 40 000 personnes que les particules fines asphyxient chaque année ? Elle omet bien sûr d’indiquer que la pluie d’amendements à laquelle elle a participé sur la loi Duplomb a provoqué la motion de rejet qu’elle dénonce et dont l’objectif a été d’accélérer le vote du texte.

On la plaint Marine Tondelier. Il est vrai que depuis la grande crise des agriculteurs il y a un an, les Français paraissent lassés des philippiques écologistes. A quoi bon imposer autant de normes qui coûtent aussi cher à certains métiers, en particulier aux agriculteurs, alors que l’Europe en fait moins que la France et que le reste du monde s’en moque ? À commencer par Donald Trump qui plaide ouvertement pour l’utilisation à outrance des énergies fossiles.

Ces reculs écologiques sont inquiétants. Mais au lieu d’accuser la terre entière, comme elle en a l’habitude, Marine Tondelier pourrait aussi s’en prendre … à elle-même. Paradoxe : à écouter ses discours, on l’entend très peu parler d’écologie. On sait tout en revanche de la stratégie qu’elle adoptera pour les prochaines élections municipales où l’hégémonie des Verts est menacée dans la plupart des villes qu’ils ont gagnées en 2020. Parmi les deux maires écologistes les plus emblématiques, Grégory Doucet à Lyon est en difficulté et la succession d’Éric Piolle, qui ne se représente pas à Grenoble, n’est pas assurée. Qu’importe l’écologie ! Marine Tondelier est avant tout mue par une ambition politique qui la projette vers la présidentielle, pour laquelle elle se battra « jusqu’à son dernier souffle », pas pour sauver la planète mais pour une candidature unique à gauche même si elle sait déjà que les Insoumis et les socialistes iront divisés.

Entre eux, Marine Tondelier refuse officiellement de choisir car elle a besoin des deux. Des Insoumis pour conquérir des villes face aux socialistes et des socialistes pour en sauver d’autres face aux Insoumis. Une équation impossible qu’elle veut résoudre en invitant toute la gauche le 2 juillet prochain en compagnie de l’ex-candidate à Matignon Lucie Castets, afin, dit-elle, de réfléchir ensemble aux modalités d’une candidature commune de la gauche.
En s’associant avec l’éphémère Lucie Castets, dont la seule légitimité est d’avoir porté le temps d’un été le flambeau de l’ex-Nouveau Front Populaire devenu moribond, la cheffe des Verts dit en creux où elle se situe : dans l’alliance avec Jean-Luc Mélenchon.

Un positionnement de mauvais augure d’autant qu’en cas de primaire, « les écologistes défendront leurs couleurs ; ils ne feront pas de la figuration », assène-t-elle. Le PS qui a entériné sa rupture avec les Insoumis quel que soit son Premier Secrétaire le 5 juin, aura fort à faire pour récupérer les Verts, en roue libre avec Marine Tondelier

Valérie Lecasble

Editorialiste politique