Mark Rutte, l’homme qui murmure à l’oreille de Trump

par Pierre Benoit |  publié le 24/01/2026

Le secrétaire général de l’OTAN est un libéral adepte du compromis aux airs simples et décontractés, réputé trop proche du président américain. C’est lui qui doit désormais mettre d’accord Américains et Européens sur l’avenir du Groenland.

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM) à Davos, le 21 janvier 2026. (Photo Fabrice COFFRINI / AFP)

Au lendemain du show de Davos, la figure qui prend toute la lumière n’est plus Donald Trump, qui a mis de côté sa volonté d’arracher le Groenland par la force. Le personnage qui intrigue désormais est un homme à la fine silhouette assez peu connu : Mark Rutte, ancien Premier ministre néerlandais, secrétaire général de l’Alliance atlantique depuis octobre 2024.

Ce Néerlandais de 57 ans s’est d’abord fait connaître en dominant la vie politique à La Haye pendant 14 ans. Issu d’une famille de protestants, historien de formation, il fait son entrée au Parlement en 2002 comme membre du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), une formation classique de la droite libérale. Europhile depuis toujours, Mark Rutte est aussi un libéral en économie. Mais plus tard, il fera interdire la vente du cannabis dans les coffee shops pour touristes de passage à Amsterdam.

Aux législatives d’octobre 2010, il met l’accent sur la rigueur budgétaire et promet un durcissement de la politique d’immigration. Sa victoire lui donne accès au poste de Premier ministre en octobre 2010. Une première historique : jamais un membre du VVD n’avait été nommé Premier ministre des Pays-Bas depuis 92 ans.

Au cours de sa longue carrière de Premier ministre, Mark Rutte aura connu toutes les configurations gouvernementales, des coalitions centristes avec le Parti travailliste, d’autres avec les Démocrates-chrétiens ou avec la Gauche verte, d’autres encore avec la formation d’extrême droite de Geert Wilders. Il doit son record de longévité gouvernementale à ses talents de rassembleur ou d’équilibriste, comme on voudra. Aux Pays-Bas, il a longtemps fait les choux gras de la presse populaire, le qualifiant tour à tour de « mister teflon » pour avoir su éviter tous les scandales ou de « mister silicone » pour railler sa souplesse légendaire.

Souple, en politique, mais toujours partisan de la rigueur budgétaire : on l’a vu ferrailler avec Macron durant la crise du Covid. Il était alors l’un des ténors des pays du Nord farouchement opposés à la mise en place d’une dette collective des Européens, un projet alors soutenu par la France, l’Espagne et l’Italie pour financer la riposte à la pandémie du coronavirus, qui s’est finalement imposé à tous.

Comme Premier ministre, Mark Rutte n’a jamais quitté son mode de vie décontracté. Sur une photo restée célèbre, on le voit arrivant à son bureau en vélo en croquant une pomme. Il ne s’est jamais résolu à aménager dans la résidence officielle de La Haye réservée au Premier ministre.

C’est ce « monsieur tout le monde » qui a été adoubé pour prendre la tête de l’OTAN en octobre 2024. Une année où la guerre faisait rage depuis deux ans déjà en Ukraine, au cœur de l’Europe. Le retour de la guerre sur le vieux continent était en soi une bascule stratégique considérable depuis la fin de la guerre froide. Un an plus tard, cette question prenait une nouvelle dimension encore avec la menace permanente d’un lâchage de l’Ukraine maintes fois proféré par Donald Trump.

Le « Trump Whisperer » face au dossier groenlandais

Aujourd’hui, Mark Rutte a un nouveau surnom. La presse néerlandaise l’appelle : « the Trump Whisperer ». L’homme qui murmure à l’oreille de Trump, on dit même qu’il a un truc pour capter l’attention du roi Ubu : il entame toutes ses conversations avec lui par quelques flatteries bien senties. C’est un vrai talent car les deux tiers de l’Europe détestent Trump par les temps qui courent.

Le plus gros dossier de sa carrière est désormais devant lui. Il va devoir montrer ses talents d’équilibriste au moment où le fil du lien transatlantique sur lequel il est perché avec son balancier est tendu comme jamais.

Dès que Trump a relancé son diktat sur le Groenland, emporté par son hubris après la capture de l’autocrate Maduro, Mark Rutte s’est mis au travail. Tout faire pour éviter une opération de force dévastatrice entre deux pays membres de l’Alliance atlantique. Comme à son habitude, une seule méthode : rapprocher les points de vue danois et américains. En listant le catalogue des bases militaires souveraines installées dans des pays étrangers, il en a trouvé deux. Il s’agit de deux bases anglaises installées à Chypre qui ont gardé leur souveraineté britannique depuis l’indépendance de l’île en 1960. Pour l’instant, la base américaine de Pituffik, installée au nord du Groenland, ne bénéficie pas de la souveraineté américaine. Mark Rutte imagine peut-être une évolution juridique de son statut, mais la Première ministre danoise a déjà fixé une limite : « nous pouvons négocier les aspects politique, sécurité, économie. Mais nous ne pouvons pas négocier notre souveraineté ». Mark Rutte va encore devoir faire preuve d’imagination. Car le temps presse, Trump peut revenir à tout moment avec sa fixette sur le Groenland.

Et surtout, Mark Rutte doit déjà penser à son prochain dossier : comment reconstruire la sécurité en Europe après la fin de la guerre en Ukraine.

Pierre Benoit