Marseille dans le piège des extrêmes

par Valérie Lecasble |  publié le 24/02/2026

Qui remportera Marseille ? Le dernier sondage met à égalité à 34 % le maire socialiste sortant Benoît Payan et son concurrent RN Franck Allisio. Ce qui, au terme d’un dilemme faustien, place la ville sous la menace des extrêmes.

Benoît Payan, maire (PS) sortant de Marseille ; Martine Vassal, présidente (LR) du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône ; Sébastien Delogu, député (LFI) ; et Franck Allisio, député (RN), posent avant un débat organisé par BFM-TV, le 19 février 2026. (Photo Miguel Medina / AFP)

Jusqu’au bout, la bataille sera à couteaux tirés. À moins de trois semaines des élections municipales du 15 mars à Marseille, Benoît Payan, candidat de la gauche, et Franck Allisio, champion du RN, sont au coude-à-coude, à 34 % chacun dans le dernier sondage OpinionWay. Derrière eux, la partie est également serrée. La LR Martine Vassal, à droite, et le LFIste Sébastien Delogu, à gauche, sont eux aussi à égalité à 14 %.

Un sondage qui place Payan et Allisio à égalité

Réalisée pour CNews et le JDD, l’enquête met au second tour Franck Allisio à 37 %, soit 1 point de plus que les 36 % de Benoît Payan. L’épaisseur du trait rend l’issue tellement incertaine que toutes les configurations sont envisagées. Imprudemment, Martine Vassal avait, au début de la campagne des municipales, annoncé qu’elle favoriserait l’union des droites, ce qui présageait de son désistement au second tour en faveur du RN. Mais depuis, elle a viré sa cuti. Sous la pression d’Emmanuel Macron et de son affidée marseillaise de Renaissance, Sabrina Agresti-Roubache, elle a reculé, affirmant au contraire, lors de son débat télévisé sur BFMTV, qu’elle n’appellerait pas à soutenir le RN.

Mais c’est aussi elle qui a vanté ce soir-là les valeurs de « Travail, Famille, Patrie », du maréchal Pétain sous Vichy. Ambiance… Depuis, ses équipes se sont éloignées d’elle, mais s’inquiètent du vote de ses électeurs. Même si Martine Vassal se retirait entre les deux tours sans donner aucune consigne de vote, ce qui paraît le plus probable, ne pencheraient-ils pas naturellement vers le candidat du RN ?

Alliances incertaines et stratégie à gauche

D’autant qu’à gauche, la situation est loin d’être claire. Bien sûr, Benoît Payan, qui avait imaginé en 2020 se cacher sous le faux nez de Michèle Rubirola pour mieux la remplacer, préférerait cette fois assurer seul sa reconduction comme maire de Marseille. Mais avec un scrutin tellement incertain, comment échapper au compromis ? Certes, la coalition des forces de gauche et écologistes regroupées dans le Printemps marseillais avait réussi, il y a six ans, à détrôner la droite au pouvoir depuis des décennies à Marseille. Mais son bilan est diversement apprécié. Avec 49 % de satisfaits et 49 % de mécontents selon le même sondage, Benoît Payan n’a pas convaincu dans les deux domaines qui comptent le plus pour les Marseillais : la propreté de la ville et sa sécurité.

Tout socialiste qu’il est, Benoît Payan ne s’interdit rien. Si, pour gagner, il doit passer une alliance au second tour avec le candidat de LFI, il le fera. N’était-ce pas la configuration initiale du Printemps marseillais, qui portait en son sein d’ex-étiquetés LFIstes ? Qui le critiquera de poursuivre la même stratégie si c’est pour battre le RN ? Voilà pourquoi il maintient le lien avec Sébastien Delogu, l’ex-chauffeur de Jean-Luc Mélenchon, qui avait été provisoirement exclu de l’Assemblée nationale pour y avoir brandi un drapeau palestinien. Delogu est comme son maître, adepte de la fureur, de la provocation, et de la violence parfois. Il connaît Marseille comme sa poche et n’hésite pas à y sortir les poings. À 14 %, il peut prétendre à au moins une vingtaine de conseillers à la mairie de Marseille. De quoi faire entendre sa voix.

Et compliquer singulièrement la mission du futur maire de Marseille s’il devait être de gauche, alors que déjà les relations ne sont pas au beau fixe entre les socialistes et les écologistes.

Le dilemme stratégique du second tour pour le PS

Le dilemme de la cité phocéenne est faustien. Pour faire barrage au Rassemblement national dans la deuxième ville de France, la gauche modérée doit-elle accepter de se rapprocher de l’une des figures de la gauche la plus radicale, Sébastien Delogu ?

Au Parti socialiste, ni Olivier Faure ni son monsieur municipales, Pierre Jouvet, ne l’ont formellement interdit, le premier en restant évasif après le décès de Quentin Deranque et le second en acceptant publiquement cette possibilité si elle est nécessaire pour gagner.

François Hollande et Raphaël Glucksmann martèlent, au contraire, que même s’il fallait pour cela perdre des villes, la gauche ne peut plus accepter la moindre alliance avec LFI au second tour des élections municipales.

Vendre son âme au diable pour ne pas perdre n’est certes pas la bonne attitude à adopter, surtout dans la perspective d’une future présidentielle. Mais quel homme politique acceptera, pour la cause la plus noble soit-elle, de perdre la deuxième ville de France ?

Valérie Lecasble

Editorialiste politique