Mayer-Rossignol à Montpellier

par Boris Enet |  publié le 23/05/2025

Le candidat au poste de Premier secrétaire contre Olivier Faure, était en terre conquise ce jeudi à Montpellier. Un plein de confiance réussi en Occitanie, à quatre jours du vote militant sur les textes d’orientation.

Nicolas Mayer-Rossignol entouré de Michaël Delafosse, Carole Delga et Julien Pradel, en réunion avec les militants à Montpellier. (Photo DR)

Nicolas Mayer-Rossignol est donc venu à bout de sa tournée militante en Occitanie. Après la Haute-Garonne, le Tarn, le Lot, avant les Pyrénées orientales, le Normand était en lieux sûrs à Montpellier. La forteresse héraultaise lui était déjà largement acquise au dernier congrès et rien n’indique qu’il puisse en être autrement dans la soirée de mardi prochain.

Les AG militantes sont bien fournies, même si le débat de fond tourne parfois à vide. La différence résulte désormais dans l’assurance du candidat. Anciennement débonnaire, toujours décontracté, Mayer-Rossignol s’autorise désormais quelques punchlines à l’égard de son rival, peu téméraire en terres hostiles : « on n’est pas anti Faure, on est anti flou ».

NMR, comme les militants le surnomment, n’a rien à perdre. À la tête d’une vaste coalition de quadras et de quinquas, il bénéficie ici d’un accueil chaleureux issu d’une tradition de résistances face au bafouement des principes socialistes. En 2024, à l’occasion de la dissolution baroque, les socialistes locaux avaient joué le jeu, tout en renâclant. À Montpellier, terre de gauche et laboratoire du socialisme municipal, l’ordre venu d’en haut consistait à se ranger derrière Nathalie Oziol, désormais intime du génialissime Mélenchon. La même qui apportait son soutien en cette fin de semaine à l’association BDS devant les tribunaux, qualifiant dernièrement le maire Michaël Delafosse de SS lors d’un rassemblement sur Gaza.

Au café du Dôme, un peu exigu pour accueillir la trentaine de militants présents, l’aspirant Premier secrétaire est entouré par le quartet local. Julie Frêche pour la déterminante question des mobilités et de la transition urbaine, le jeune secrétaire fédéral Julien Pradel, la patronne régionale Carole Delga et le maire de Montpellier, en hôte de choix. Là ou Olivier Faure joue la carte de la destinée personnelle, son histoire familiale et son souhait de présidentiable, NMR fait le choix de la cohésion d’équipe en terre d’ovalie. Un argument récurrent tant dans l’interview accordée à nos confrères du Midi Libre qu’auprès des militants.

Avant de penser présidentielle, la tâche de l’heure est une refonte programmatique et la reconstitution d’un parti si ce n’est de masse, en tout cas, sorti de la marginalité qui le guette. C’est ce que le candidat en tournée nomme le GPS (Grand Parti Socialiste). Un objectif qui ravive le souvenir des anciens et cristallise les espoirs de jeunes socialistes locaux actifs dans cette grande ville universitaire.

Insistant sur l’objectif premier des municipales, il étrille courtoisement une direction incapable de proposer quelques axes municipaux afin d’aider les militants les plus isolés et les fédérations les plus en difficultés. Le discours est naturellement tranchant en ce qui concerne LFI et clair quant à l’impossibilité du moindre rapprochement, même en cas de dissolution anticipée. À ceux qui lui parlent arithmétique et gauche unie à 30%, Mayer Rossignol évoque un plafond de verre où la gauche s’est marginalisée avec la formation la plus rejetée du pays.

C’est probablement sur ce point qu’il peut toujours espérer la victoire. Les militants socialistes ne sont pas tous au clair sur la nature profonde de la formation populiste, même après la lecture de La Meute et ses révélations sordides. D’autres demeurent attachés à leurs places d’élus quitte à mettre de côté les principes. Mais tous constatent la hargne avec laquelle ils sont quotidiennement attaqués dans le cadre de la préparation du prochain scrutin.

De ce point de vue, Montpellier est presque un cas d’école avec le bilan d’un maire sortant connu et largement reconnu. Dans un contexte périlleux, otage d’une extrême-droite en embuscade, le maire de Rouen démontre avec force l’inadaptation de la réponse d’une gauche influencée par LFI.

Enfin, il y a la santé même de la vieille maison. Passant de 90 000 militants au congrès d’Aubervilliers à moins de 40 000 aujourd’hui, la rhétorique fauriste consistant à se cacher derrière la mandature Hollande est quelque peu désuète. Devant de tels chiffres, David Assouline, sénateur honoraire, soutien actif de Nicolas Mayer-Rossignol, manie l’ironie sur les réseaux sociaux : « Stop ou encore ». C’est au final le seul enjeu qui vaille, en attendant la régénération d’un arc progressiste, avec d’autres. Vital.

Boris Enet