Mélenchon contre la gauche

par Valérie Lecasble |  publié le 02/02/2026

Tout à sa volonté de faire perdre la gauche, le leader insoumis cible à présent les Verts, dont certains ont rejoint La France insoumise à deux mois du scrutin. Qui l’emportera ? La raison ou le chaos ? Les municipales serviront de test pour la présidentielle.

Le fondateur du parti de gauche La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon et le député LFI - Nouveau Front Populaire, Manuel Bompard participent à un meeting de campagne de la candidate LFI - Nouveau Paris Populaire aux élections municipales de Paris, Sophia Chikirou au Cirque d'Hiver, le 30 janvier 2026. (Photo STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Seul, il ne peut pas gagner les élections municipales. Mais il peut faire perdre l’alliance Parti socialiste, Verts et Parti communiste français, constituée dans les grandes villes dès le 1er tour. Après avoir attaqué le Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon cible à présent les Verts et crée le bazar à gauche pour les élections municipales.

Le leader des Insoumis vient ainsi de provoquer le transfert de Julia Mignacca et de neuf autres Verts à Montpellier (voir l’article les Verts mûrs pour l’implosion) qui ont rejoint la liste LFI de Nathalie Oziol, espérant faire tomber leur ex-partenaire socialiste Michaël Delafosse.

Des transferts écologistes vers LFI

Montpellier n’est pas le seul terrain de jeu de Jean-Luc Mélenchon : à Paris, Jérôme Gleizes, figure de proue de la sécession, et Émile Meunier ont aussi quitté Emmanuel Grégoire pour rejoindre Sophia Chikirou. Tout comme François Benoît-Marquier à Toulouse, qui s’engage avec le LFI François Piquemal.

Ces quelques exemples témoignent des sables mouvants dans lesquels se sont engouffrés les 400 signataires de la Tribune des Verts qu’a publiée il y a quelques jours Mediapart sous le titre « Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture ». Les noms des 50 premiers signataires figurent en bas du texte.

La défection des Verts est un coup sévère. Elle désavoue la stratégie de Marine Tondelier et de sa camarade-rivale Sandrine Rousseau, qui toutes deux prétendaient faire le pont entre les socialistes à droite et LFI à gauche, sans choisir entre les deux. La posture d’équilibriste tient d’autant moins que Yannick Jadot et Cécile Duflot penchent vers le PS et que désormais un nombre significatif de Verts basculent, à 45 jours des municipales, vers la gauche radicale. Ceci, non sans avoir obtenu de grosses concessions du PS comme à Paris où l’accord de la gauche unie leur octroie une hausse significative du nombre de leurs conseillers de Paris et maires d’arrondissement. Le beurre et l’argent du beurre…

Une primaire à gauche fragilisée

Ce n’est pas par hasard si ce transfert, du PS à LFI, de candidats Verts qui s’étaient déjà engagés sur les listes des municipales, intervient aujourd’hui. La chronologie parle d’elle-même, elle est étroitement liée à la présidentielle.

Qu’on en juge. Samedi 24 janvier, Olivier Faure (PS), Marine Tondelier (Verts), Clémentine Autain (L’Après), François Ruffin (Debout !), annoncent que le scrutin pour désigner leur candidat commun à l’élection présidentielle de 2027 se tiendra le 11 octobre. Ceci, à l’occasion d’une primaire de « la gauche unie », à laquelle, rappelons-le, Raphaël Glucksmann, François Hollande et Bernard Cazeneuve ont dit qu’ils ne participeraient pas.

Quarante-huit heures après, lundi 26 janvier, Mediapart publie la Tribune de rébellion des 400 Verts qui cinglent : « Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste ». Active en faveur de la primaire de la gauche unie, Marine Tondelier prend un coup sérieux. Elle espérait s’en servir comme tremplin pour la présidentielle à laquelle elle s’est déclarée candidate, tout comme Olivier Faure était convaincu de la détrôner. Avec tous les deux l’objectif d’éviter l’éparpillement des voix entre plusieurs candidats. Mais que vaut une union qui n’inclurait ni les sociaux-démocrates, ni désormais une partie des Verts ?

Municipales 2026, test pour 2027

À l’inverse, Jean-Luc Mélenchon jubile. Alors qu’à Paris et à Marseille, la droite et la gauche s’annoncent au coude à coude au second tour, la défection de certains Verts affaiblit la gauche à qui elle enlève des réserves de voix. Qu’importe ! Mieux vaut, selon lui, faire perdre la gauche, même si c’est dans les deux plus grandes villes de France, que de la laisser gagner sans LFI. Manuel Bompard vient à sa rescousse, en affirmant que « tout le monde sait qu’il n’est pas possible de gagner Paris à gauche sans LFI ».

En déstabilisant les Verts de l’intérieur, Jean-Luc Mélenchon espère donc faire exploser leurs listes d’union avec le PS. En vue de mieux les récupérer à ses côtés au lendemain des municipales quand les écologistes auront perdu la plupart des villes qu’ils avaient gagnées en 2020.

De quoi constituer une nouvelle alliance LFI-Verts, concurrente de la traditionnelle PS-Verts ? Samedi 7 février à son meeting d’Argenteuil, la présence à ses côtés de Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis qui préside le groupe communiste à l’Assemblée nationale, sera remarquée.

Car au lendemain des municipales, les leçons seront tirées : soit la gauche sans LFI remporte des victoires et la stratégie d’union de la gauche d’Olivier Faure sera validée. Soit LFI, avec l’apport d’une partie des Verts et du PC, fait perdre la gauche, en particulier à Paris et à Marseille, et Jean-Luc Mélenchon en revendiquera le bénéfice. Pour s’inscrire comme le seul vote utile à gauche à la présidentielle.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique