Mélenchon et le chef d’état-major
En semblant annoncer l’enrôlement de la jeunesse française dans de prochaines actions militaires, le chef opérationnel des armées a suscité une bruyante protestation de la gauche radicale. Un tollé dont il faut décrypter les motivations réelles…
Pas très adroit, le général Mandon, chef d’état-major des armées. Devant le congrès des maires, il a déclaré que la France devait restaurer sa « force d’âme pour accepter de nous faire mal et protéger ce que l’on est » et qu’elle devait être prête à « accepter de perdre ses enfants ». Prises telles quelles, hors contexte (mais c’est souvent le cas des citations…), le CEMA laisse croire que le pays va bientôt entrer en guerre et que le gouvernement se prépare à appeler « les enfants de France » sous les drapeaux. On pouvait s’exprimer avec plus d’habileté…
Aussitôt la gauche radicale, Mélenchon et Roussel en tête, crie au bellicisme, dénonce un « va-t-en-guerre » qui sort de son rôle en faisant des déclarations politiques. Mais si l’on traduit en langage plus commun les déclarations incriminées, on tombe sur un propos d’une triste banalité. Dès lors que la France dispose d’une armée, elle sous-entend ipso facto qu’une partie de sa jeunesse pourrait un jour risquer sa vie pour sa défense. Ce qu’on oublie de préciser dans cette polémique, c’est que depuis la fin du service militaire, les forces françaises sont composées de volontaires devenus des soldats professionnels et qu’il est hors de question, sauf guerre généralisée en Europe, que l’État ait l’idée incongrue d’appeler aux armées des jeunes gens qui ne souhaitent pas s’y rendre.
Au demeurant, si l’on est choqué à ce point par l’emploi de la locution « perdre ses enfants », il faut d’urgence changer le texte de la Marseillaise, (intitulée à l’origine « Chant de Guerre de l’Armée du Rhin ») : « Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé (…) Aux armes citoyens ! Marchons, marchons…». L’hymne national est bien plus net que l’actuel chef d’état-major : il s’agit bien d’un appel aux armes lancé en priorité aux jeunes gens, priés d’aller se faire trouer la peau pour défendre la République…
Curieusement, la gauche radicale, qui aime pourtant se référer à l’oeuvre de Robespierre et de la Convention montagnarde, martiale s’il en est, se change soudain en émule de John Lennon. Sans doute imagine-t-elle, dans un élan de bénévolence et de douceur, un monde sans guerre ni violence, voué à la gentillesse universelle. Voilà un nouvel emploi pour ces leaders qui préfèrent soudain – on les comprend – l’amour à la guerre. Apôtre de la confrontation politique, Jean-Luc Mélenchon va-t-il apparaître désormais sur les tribunes avec des fleurs dans les cheveux, l’index et le majeur dressés, psalmodiant le « peace and love » cher aux hippies des seventies ?
Il y a derrière ces cris d’orfraie une intention plus pernicieuse. Le CEMA, comme avant lui le président de la République, s’est contenté de remarquer que face à une Russie agressive et guerrière, il valait mieux, par précaution, envisager un conflit avec elle, non pour le déclencher mais pour le prévenir. Si vis pacem… Disant cela, il est dans son rôle, qui est d’évaluer les menaces et d’y parer. C’est là que le bât blesse pour la gauche radicale. Imputant toute la responsabilité de la guerre d’Ukraine à l’Occident, reprenant du même coup les arguments de la propagande poutinienne, elle refuse que les démocraties se défendent en défendant l’Ukraine.
C’est ce que Mélenchon appelle choisir « la diplomatie » plutôt que la guerre. Il veut dire par là qu’il faut passer sous les fourches caudines des prétentions russes plutôt que prolonger le conflit. Le verra-t-on défiler dans les rues pour soutenir le plan de paix que Donald Trump vient d’élaborer, et qui prévoit ni plus ni moins une reddition de l’Ukraine, sommée d’abandonner un quart de son territoire et de diviser son armée par deux, ce qui la placerait à la merci d’une nouvelle attaque lancée par le Kremlin ? Ce serait bien dans la logique de sa fausse indignation.



