Mélenchon : le PS, voilà l’ennemi !
Lors des prochaines municipales, La France Insoumise veut gagner des villes moyennes et s’implanter dans de grandes métropoles. Avec l’objectif d’affaiblir le Parti socialiste pour dominer la gauche et imposer l’affrontement de LFI face au RN à la présidentielle.
Quel est donc ce parti politique, La France Insoumise, qui veut tuer celui qu’il a aimé ? Détruire celui qui l’a aidé ? Désigner comme adversaire celui qui a été son allié ? L’inexcusable décision stratégique de La France Insoumise de faire perdre au Parti socialiste ses bastions lors des prochaines élections municipales (voir l’excellente analyse de Boris Enet sur le symbole de Montpellier), scandalise.
Quelle mouche pique Jean-Luc Mélenchon pour partir ainsi à l’assaut de villes moyennes emblématiques comme Montpellier, Roubaix et Toulouse ? Et de grandes métropoles comme Paris, Lille ou Marseille où il cherche à installer son influence, même s’il doit pour cela y déloger ses alliés d’hier, socialistes et écologistes du Nouveau Front Populaire ?
Il faut relire l’interview de Jean-Luc Mélenchon dans l’hebdomadaire Le 1 pour comprendre que l’ambition du leader de LFI vient de loin : dominer la gauche. Elle remonte au référendum de 2005 sur la Constitution européenne quand François Hollande et Nicolas Sarkozy s’affichent ensemble, même costard-cravate, en Une de Paris-Match pour défendre le vote en faveur du Oui. Les français disent non comme Mélenchon mais pourtant le Parlement l’adopte… « Le logiciel de la social-démocratie s’est, à ce moment-là, converti au social-libéralisme », analyse Mélenchon pour qui ce constat est l’explication de l’échec du quinquennat des deux présidents. Sa décision est prise : il sera l’incarnation de la gauche radicale, une position qu’il accélère lorsqu’il constate qu’Emmanuel Macron « fait du Thatcher et du Reagan trente ans après eux, à contretemps ». Pour lui, le mouvement des Gilets jaunes est l’émanation d’une fragmentation et d’une radicalisation majeure de la société française.
Après l’élection présidentielle de 2022 qui le conforte avec son envolée à 22 % des voix tandis que le Parti socialiste s’effondre à 1,75 %, il ne constate « aucune dynamique politique » de la constitution de la Nupes qui est vite devenue selon lui « une compétition venimeuse et rabougrie ». Pour qu’après la dissolution en 2024, la gauche s’unisse au sein du Nouveau Front Populaire, il a fallu que le danger du Rassemblement National soit « extrême ». Le NFP arrive en tête aux élections législatives mais sans majorité et comme en 2005 lors du référendum, il est privé du pouvoir malgré sa victoire à l’Assemblé nationale.
C’est l’illégitimité du pouvoir kidnappé par le socle commun qui, selon Mélenchon, provoque la crise politique actuelle et accélère l’aspiration des partis traditionnels vers les extrêmes. Ainsi, sous Emmanuel Macron, la droite classique et la gauche réformiste se sont, dit-il, usées jusqu’à la régression. Désormais, seulement « deux forces polarisent : LFI d’un côté, le RN de l’autre ».
Voici donc le vrai dessein du leader de LFI : nettoyer tout ce qui n’est pas radical, et qu’il nomme « le bloc bourgeois centriste » pour provoquer l’affrontement entre « les deux blocs les plus populaires, l’un à droite et l’autre à gauche ». Le RN qui accuse les immigrés, LFI qui désigne les financiers et cible les quartiers populaires, les abstentionnistes, les jeunes et les classes moyennes en voie de déclassement. Islamophobie, racisme, violences policières, Etat autoritaire sont les mots de la conflictualité qu’il installe comme nerf de la guerre.
Sachant cela, on hallucine de voir le Parti Socialiste s’étriper lors de son Congrès pour déterminer sa posture vis-à-vis de LFI. Comment le PS peut-il s’allier, même localement, à un parti qui a juré sa perte ? C’est toute l’ambiguïté du Mélenchon dernier cru : il prône l’union mais invective ses partenaires, conteste leur légitimité, entretient les polémiques. Il est perçu comme clivant, agressif, dangereux pour la démocratie et devient dans la foulée du 7 octobre, l’homme politique à abattre, le plus détesté des Français.
Mélenchon, le pire cauchemar de LFI ? Il s’en moque et reste convaincu que, fort de son noyau dur de la gauche radicale, il entraînera le moment venu le ventre mou du reste de la gauche derrière lui. C’est l’enjeu des municipales qui préfigureront la présidentielle : prouver que sa stratégie de radicalité l’emportera. La force ira à la force pense Mélenchon qui rejette en vue de la présidentielle toute union des partis qui « ne produit pas l’unité populaire ».
Socialistes, écologistes, réveillez-vous ! Et cessez vos querelles ! Que vous en soyez rassurés ou déçus, LFI ne veut pas de vous ! Pour séduire un fiancé qui vous délaisse, il n’y a pire conduite que de lui courir après ; la seule attitude est au contraire de s’imposer à lui. Si le PS veut survivre, c’est maintenant qu’il doit installer le rapport de forces.



