Mélenchon, Trump : deux artisans du chaos

par Sébastien Lévi |  publié le 23/02/2026

La mort d’un militant identitaire à Lyon impose une comparaison : celle de Jean-Luc Mélenchon avec Donald Trump. Au-delà des étiquettes, leurs méthodes politiques se rejoignent dans l’art d’exacerber les fractures plutôt que de les apaiser.

Jean-Luc Mélenchon à Roubaix le 31 janvier 2026 dans le contexte des élections municipales. (Photo Julien Helaine / Hans Lucas via AFP) - Donald Trump, lors d'un point de presse à la Maison Blanche le 20 février 2026 à Washington. (Photo Anna Moneymaker / Getty Images via AFP)

Un homme de la droite nationaliste tué dans un contexte de polarisation politique, avec une exploitation par la droite et l’extrême-droite relayée en boucle par les médias conservateurs, pour en appeler à l’interdiction de groupuscules voire de partis politiques ; la mort de Quentin Deranque rappelle à bien des égards celle de Charlie Kirk, l’influenceur conservateur assassiné en septembre 2025 aux États-Unis.

Certes, le parallèle a ses limites. Au-delà du profil ambigu de l’assassin de Kirk, qui a empêché Trump de politiser à outrance ce drame, l’unanimité dans les condamnations par la classe politique a permis un apaisement de la situation, malgré la polarisation endémique du pays.

Il n’existe pas d’équivalent de LFI aux États-Unis, un parti d’extrême-gauche avec des députés qui souhaite instaurer le chaos et enflamme en permanence le débat. Les comparaisons entre Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders sont ridicules et insultantes pour ce dernier, tant sur leurs idées que sur la forme de leurs interventions. La réaction de Sanders à la mort de Kirk était pleine d’empathie, d’horreur et de dénonciation sans équivoque. Celle de Mélenchon le rapproche plutôt de Trump, au-delà des différences idéologiques, de la maîtrise de la langue et de la culture historique entre les deux hommes.

Méthodes politiques et stratégie du clivage

Ces deux hommes partagent une même fascination pour l’outrance, les effets de manche, les simplifications outrancières et les figures clivantes, avec une attitude ambiguë sur la violence pour Mélenchon, et de fascination pour la violence chez Trump. Si ce dernier peut compter sur les Proud Boys pour faire le coup de poing, Mélenchon avait exprimé son soutien à la Jeune Garde jusqu’à sa dissolution. D’ailleurs, Mélenchon ne lâche jamais ses troupes ou les éléments les plus radicaux, moins par loyauté envers eux que pour s’assurer de leur servilité envers lui, comme Trump avec les émeutiers du 6 janvier et ses supporters les plus ouvertement racistes ou antisémites.

La chasse aux élites chez Trump est celle de « la caste » pour Mélenchon, dans un même rejet du « système ». Clivants, les deux hommes ne prospèrent que sur la division de leurs pays, y compris sur des critères raciaux, à fronts renversés. Trump se fait le défenseur du petit blanc grugé par la mondialisation en insécurité culturelle, Mélenchon exalte la France « créolisée » et le « grand remplacement » en s’appuyant ouvertement sur les populations d’origine étrangère, avec la volonté d’hystériser le débat dans les deux cas. Cette vision est aux antipodes des idéaux universalistes, avec une circonstance aggravante pour Mélenchon qui s’y est rallié par pur opportunisme alors qu’elle a toujours été au cœur de celle de Trump.

Purges internes et contrôle partisan

Dans cette approche clivée et clivante, Mélenchon et Trump, hommes forts et s’affichant comme tels, ne jurent que par le conflit et vomissent la modération qu’ils prennent pour de la faiblesse. Autocrates ne supportant pas la contradiction, ils sont passés rois de la purge. Clémentine Autain, Alexis Corbière ou François Ruffin ont pour noms aux États-Unis Jeff Blake, Liz Cheney ou Ben Sasse, bannis pour avoir osé défendre leurs principes et défier la toute-puissance du chef. Cette toute-puissance se traduit dans un népotisme partagé, illustré par la nomination de Sophia Chikirou comme tête de liste LFI à Paris ou celle de la belle-fille de Trump à la tête du Parti républicain.

Pour les deux hommes en quête de toute-puissance, l’ennemi à abattre est d’abord le cousin modéré de la famille à écraser pour le contrôler, pas l’adversaire idéologique. Trump a eu la peau du Parti républicain de Reagan ou Bush comme Mélenchon veut le scalp du PS de Jospin ou Hollande. Leur dessein est d’ailleurs favorisé par la lâcheté de leur propre camp.
En 1989, Michel Noir avait affirmé qu’il préférait perdre son élection plutôt que perdre son âme, pour justifier son refus de toute alliance avec le Front national. Le GOP américain a choisi de perdre son âme pour faire élire un homme inculte, corrompu et incompétent mais qui lui a offert la victoire électorale, puis la remise en cause du droit à l’avortement ou le détricotage des droits sociaux et démocratiques. À la gauche démocratique française de choisir désormais son degré de résistance ou de compromission pour conserver ou conquérir des villes en 2026, ou des ministères en 2027.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis