Meloni fait fuir la jeunesse

par Marcelle Padovani |  publié le 30/01/2026

Alors que Giorgia Meloni revendique la stabilité et l’autorité de sa politique, un indicateur clé est pourtant au rouge. Celui d’un pays qui peine à offrir un avenir à sa jeunesse. Un constat implacable, pointé non par l’opposition, mais par l’État lui-même.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, arrive à la basilique Saint-Ambroise-et-Saint-Charles, à Rome, le 9 janvier 2026, pour une messe à la mémoire des victimes de l'incendie de Crans-Montana. (Photo Alberto Pizzoli / AFP)

On s’est longtemps interrogé sur les adversaires les plus critiques de Giorgia Meloni : les Ukrainiens déçus, les Inuits irrités par le dossier groenlandais, ou encore les populistes du Mouvement 5 étoiles. La réponse est plus simple — et plus préoccupante : son opposition la plus sévère est aujourd’hui la jeunesse italienne.

Cette alerte n’émane ni d’un média militant ni de l’opposition politique, mais du très officiel gouverneur de la Banque d’Italie, Fabio Panetta, 66 ans. Dans son rapport annuel, il concentre son analyse sur ceux qui, selon lui, paient le prix le plus élevé des choix économiques du gouvernement Meloni : les jeunes. Un chiffre est particulièrement révélateur : un diplômé italien sur dix décide aujourd’hui de s’installer à l’étranger. S’il va en Allemagne, il constate un salaire en moyenne 80 % plus élevé qu’en Italie, et de 60 % supérieur s’il choisit la France.

Un marché du travail défavorable aux jeunes

À cela s’ajoute un autre déséquilibre structurel : les diplômés ne représentent que 31 % de la population active italienne, contre près de 50 % dans la plupart des pays de l’Union européenne. Être jeune en Italie semble ainsi être devenu un handicap, voire une malédiction, dans un pays qui paraît de moins en moins « fait pour les jeunes ». Ceux-ci se voient expliquer qu’ils sont « trop jeunes » pour certains postes, qu’ils doivent « attendre leur tour » sur un marché du travail saturé, dans un contexte d’« hiver démographique » durable : l’Italie reste, après le Japon, l’un des pays les plus âgés du monde.

Que ce constat soit celui de Fabio Panetta, qui n’appartient en rien à l’opposition, a frappé les observateurs et interrogé une large partie de la classe politique.

Leonardi plaide pour réformer la négociation collective

Reste alors la question centrale : comment sortir de cette impasse ? Pour Marco Leonardi, 51 ans, économiste reconnu et ancien collaborateur de Mario Draghi à la Présidence du Conseil, le diagnostic est clair. La croissance plafonne à 0,7 % en 2026 ; la productivité stagne depuis près de vingt-cinq ans ; et les salaires sont quasiment figés depuis le début des années 2000. Face à cette triple impasse, il n’entrevoit qu’une issue : une réforme en profondeur de la négociation collective, permettant des discussions plus rapides et plus efficaces avec les syndicats, accompagnée d’une fiscalité moins pénalisante pour le travail. Leonardi plaide ainsi pour une intervention énergique de l’exécutif, capable d’entraîner les partenaires sociaux dans une recherche de solutions concrètes, notamment par une réforme du marché du travail. L’effet pourrait être rapide : une jeunesse italienne aujourd’hui tentée par l’exil, faute de perspectives, pourrait retrouver la conviction que ses compétences peuvent être reconnues et valorisées sur place.

Reste à savoir si Giorgia Meloni sera prête à affronter ces problèmes structurels, au-delà des déplacements diplomatiques et des clins d’œil appuyés à Donald Trump. Pour l’heure, le gouverneur Panetta et l’économiste Leonardi désignent avec insistance les failles d’un pays occidental confronté à des défis bien connus — mais toujours loin d’être résolus.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome