Meloni : un « modèle » en trompe-l’œil

par Marcelle Padovani |  publié le 11/09/2025

Louée sans discernement par la presse européenne, Giorgia Meloni serait donc un « modèle » pour ses voisins. Derrière ce récit médiatique se dessine une réalité plus contrastée.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni, à Rome, le 15 juillet 2025. (Photo Domenico Cippitelli / NurPhoto via AFP)

Les médias de plusieurs pays saluent pêle-mêle un « modèle de longévité et de stabilité » après les trois années consécutives de Giorgia Meloni à la tête du gouvernement italien, mais aussi un « modèle de coopération » entre son parti de droite Fratelli d’Italia et l’extrême-droite de la Lega, ou encore un « modèle d’assainissement économique » évitant habilement toute effervescence sociale. Mais de quel modèle s’agit-il, au juste ? Pas forcément de celui dont peut rêver une démocratie.

Pour l’heure, la situation favorable de l’Italie profite indéniablement à une seule et même personne : le premier président du Conseil italien de sexe féminin. Giorgia Meloni, 48 ans, a excellé dans l’art de gommer son passé néofasciste au profit d’un atlantisme assumé et de nombreuses prises de position pro-européennes. Elle sait aussi se montrer habile pour cohabiter avec un parti d’extrême-droite qui vivote avec un maigre butin de 8,5% des suffrages – bien loin de son alliée française Marine Le Pen, dont le parti est crédit de plus de 30% d’intentions de vote si des élections législatives anticipées devaient avoir lieu demain.

Encore faut-il prendre en compte la réalité de la situation économique du pays. Sous cet angle, le « modèle » italien est pour le moins fragile : les finances publiques sont en danger à cause de l’augmentation des dépenses militaires aussi bien au niveau UE qu’à celui de l’Otan comme le notent de nombreux observateurs, ou avec la signature d’un Pacte de stabilité européen qui coupe de 13 milliards par an les investissements pour l’État-providence, et augmente de 445 milliards les dépenses supplémentaires pour les dix prochaines années. En somme, des perspectives qui n’ont rien à envier au projet de budget qui fut fatal à François Bayrou.

Ce qui conduit à une deuxième fragilité pour le modèle italien des droites unies. Car Giorgia Meloni peut à tout moment virer de bord, ressusciter le centre en prônant une coopération, même limitée, avec la droite berlusconienne et une partie de la gauche, et donc rebattre totalement les cartes grâce à une nouvelle réforme électorale … En cherchant notamment à se rapprocher du style de gouvernement de Mario Draghi, qui a sauvé son pays en 2021 et en 2022 grâce à des choix techniques aussi durs que nécessaires. Pas précisément un exemple pour l’extrême-droite française…

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome