Mercosur : le vote de la peur
Tandis qu’une majorité d’États membres ratifiaient l’accord commercial avec le Mercosur après quelques ajustements appréciables aux marges, Paris a eu grand tort de s’isoler en se repliant sur un vote d’impuissance de fort mauvais augure.
Le vote intervenu à Bruxelles sur le Mercosur place une nouvelle fois Paris en porte-à-faux, non seulement par rapport à ses partenaires mais aussi face à l’histoire. Nous l’écrivions au lendemain du report du vote : ce traité relève « d’un choix d’intérêt général ».
Des zones d’échanges libérées de la loi de la jungle
Bien que négocié depuis un quart de siècle, l’accord est devenu urgent depuis la présence à Washington d’un fou des droits de douane erratiques. Dans la panoplie des ripostes au roi des MAGA, il est une pièce maîtresse, comme l’était le CETA conclu avec le Canada et comme le sera demain l’accord avec New Delhi. Bruxelles comme Brasilia, Buenos-Aires ou Santiago l’ont bien compris.
L’accord avec le Mercosur ne résoudra pas la crise des modèles agricoles, ce n’est pas son objet. Il ne prévoit en réalité que des échanges agricoles limités et qui seront bénéfiques pour plusieurs filières. Les éleveurs ne sont menacés que sur le haut de gamme qui, il est vrai, les nourrit, notamment grâce à de généreuses subventions de la politique agricole commune. Les échanges nouveaux qu’on peut espérer dans l’industrie et les services représentent en revanche un ballon d’oxygène durable pour toute l’UE.
L’extrême-droite rurale n’est pas le monde agricole
Mais voilà, les agriculteurs bénéficient en France d’une complaisance coupable, quelles que soient les violences qu’ils commettent et dont vient encore d’être victime la Présidente de l’Assemblée nationale. Insultée, atteinte par des projectiles, Yaël Braun-Pivet se trompe en tendant l’autre joue. Ceux qui ont forcé les barrages policiers pour l’agresser ne sont pas « le monde agricole » et n’appartiennent pas à « l’arc démocratique ». Ce sont les groupes de combat de la Coordination rurale, bras armé de l’extrême-droite dans la ruralité. Même le RN s’en méfie. Leur opposer fermement la légalité démocratique est la seule politique raisonnable. Avec un triste ensemble, les députés de tout bord ne l’ont pas compris, au risque d’en être victimes et la République avec eux, demain ou après-demain.
Paris laissé sur le bord du chemin par sa seule faute
Le vote négatif de Paris fait en attendant plusieurs victimes : l’Union européenne qu’il affaiblit au mauvais moment. Le Président Macron qui jette une ombre sur son bilan européen et insulte l’avenir sur le terrain où il pouvait prétendre jouer un rôle. Le député Hollande qui risque de voir se rétrécir le trou de souris « élargi » qu’évoquait Valérie Lecasble dans nos colonnes. On ne tourne pas en vain le dos à l’histoire. C’était vrai en 1954 et ça l’est tout autant en 2026. Les élus français au Parlement européen, Raphaël Gluksmann en tête, ceux de Renew ou du PSE corrigeront-ils la trajectoire ?



