Moi, Samuel, dix ans, écolier
Au seuil de l’enfance et de l’adolescence, un garçon drôle et sensible livre son journal intime, avec un dessin plein d’humour, à mi-chemin entre Le Petit Nicolas et Le Grand Duduche, Cabu et Sempé.
Samuel ne parle pas, il observe. Chaque page est une scène fugace, comme griffonnée dans un carnet intime. Il y a l’école, les copains, les débuts de l’adolescence, les tensions invisibles, les absents. C’est sans pathos ni discours explicite que son journal raconte ces sentiments fugaces de l’enfance, misant sur la force du dessin – minimaliste – qui capte l’essentiel d’un geste ou d’un frisson.
Avec Le journal de Samuel, Émilie Tronche publie ainsi un roman graphique plein de délicatesse, adapté de sa mini-série animée diffusée avec succès sur Arte. Ce récit sans presque aucun dialogues, à la narration fragmentée, propose une plongée dans le quotidien d’un garçon de dix ans, à travers ses observations silencieuses, les amitiés, les premiers émois, et un regard étonné sur le monde.
Loin de la bande dessinée bavarde ou démonstrative, ce journal fictif construit une narration en creux. Le lecteur doit combler les blancs, lire entre les lignes du dessin. Cette démarche rend l’expérience de lecture à la fois intime et universelle. Chacun pourra reconnaître au fil des pages un souvenir d’enfance, une peur enfouie ou un sentiment trouble.
Graphiquement, le trait sobre du noir et blanc, rappelle souvent l’onirisme de Sempé, mais aussi par moments l’humour féroce d’un Cabu. L’absence d’adultes renforce la sensation d’un monde vu exclusivement depuis l’enfance — sans explication, sans recul, mais avec une lucidité désarmante. Une œuvre pudique et touchante, résolument originale dans le paysage de la BD contemporaine.
Le Journal de Samuel, Émilie Tronche, Arte éditions et Casterman, 320 pages, 23€



