Mondial 2026 : Trump joue perso
Pour la première fois, la Coupe du monde de football se déroulera dans trois pays : aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Trump, qui y voit un levier d’influence, s’est livré à un numéro d’autosatisfecit des plus gênants lors du tirage au sort de la compétition le 5 décembre à Washington.
L’événement, d’ores et déjà historique par son ampleur et son format, se tiendra en Amérique du Nord à partir du 11 juin 2026. Avant même que les premières affiches du tournoi ne soient dévoilées en direct au monde entier, le président américain en a profité pour jouer le rôle qui lui convient le mieux : celui du maître de cérémonie vers lequel tous les regards se tournent, dans un mélange de crainte et de flatterie.
À l’occasion de ce tirage au sort (non loin de la Maison-Blanche), il s’est une nouvelle fois comporté comme un enfant gâté, égocentrique et dépourvu de limites. Un enfant qui invite chez lui tous ses camarades pour le seul plaisir d’ouvrir devant eux ses cadeaux d’anniversaire. La mise en scène a montré le peu d’estime qu’il accorde au Canada et au Mexique, pourtant co-hôtes du tournoi mais cantonnés à un rôle de faire-valoir.
Le lieu choisi pour la cérémonie, le Kennedy Center, qu’il envisage de rebaptiser en son honneur, n’était pas un hasard dans sa logique mégalomane. Dès son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, il l’a d’ailleurs purgé pour imprimer son pouvoir avec une programmation plus en phase avec ses goûts, aux antipodes des concerts classiques et des opéras pour les « élites » et les Démocrates.
En vue de la Coupe du monde comme à d’autres occasions, les pays qui ont le mieux cerné Trump sont ceux du Golfe Persique, capables à la fois de le flatter et de le gâter. Ils ont su créer une relation unique avec lui, dès son premier mandat : il s’agit, entre autres attentions, d’offrir un avion, de promettre des milliards d’investissements, ou d’enrichir sa famille avec la construction de tours Trump.
Il n’est pas anodin que son meilleur ami du moment, le président de la FIFA Gianni Infantino, habite depuis des années au Qatar. Il a su parfaitement apprendre de ce pays sa manière de dérouler le tapis rouge à Trump, de le couvrir de compliments et de cadeaux. Ainsi l’encense-t-il depuis des années, allant jusqu’à dire que Trump est « fait du même bois que les meilleurs athlètes ». Infantino a même poussé le grotesque jusqu’à créer sur mesure pour lui un « Prix de la paix » de la FIFA. Pour faire bonne mesure et contenter Donald, il lui a permis de recevoir une médaille et de la porter devant le monde entier, après s’être assuré que ses sportifs et artistes préférés soient sur scène, comme Wayne Gretzky, Andrea Bocelli, sans oublier les Village People interprétant YMCA, devenu l’hymne de la base MAGA.
La Coupe du monde est un événement planétaire et fédérateur. Un principe et un esprit que ses instances organisatrices seraient bien avisées d’entretenir. La FIFA a aujourd’hui une telle influence que son président est traité avec les égards dus à un chef d’État. Mais plus soucieux de son propre pouvoir que de l’indépendance de l’institution qu’il est censé représenter, Infantino a choisi de jouer la carte de la soumission à Trump. Il marche ainsi dans les pas d’Ursula Van Der Leyen ou Mark Rutte, contraints de baiser la main du prince pour obtenir un accord léonin sur les droits de douane ou envisager l’avenir de l’OTAN.
Cette soumission à Trump et à ses caprices illustre l’inquiétante transformation de la FIFA en association d’influence à but exclusivement financier. Infantino a ainsi trouvé son double parfait en la personne de Trump, les deux hommes partageant le même goût immodéré pour la lumière. Puisse le spectacle du football éclipser rapidement ce mauvais duo, à six mois du coup d’envoi de la compétition.



