Municipales 2026 : la gauche en tête à Nîmes

par Boris Enet |  publié le 17/02/2026

À Nîmes, un nouveau sondage confirme la dynamique de la gauche unie sans LFI. L’enjeu est de taille pour la seule ville de plus de 150 000 habitants encore aux mains des LR, alors que les nationalistes en font une cible prioritaire.

Vincent Bouget, conseiller municipal de Nîmes et candidat à la mairie, lors d'une séance photo à Nîmes, le 4 février 2026. (Photo Sylvain THOMAS / AFP)

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que la ville des Arènes et de la Maison Carrée était un bastion de la gauche, dernier lieu d’implantation d’un communisme municipal historique. Aux mains d’une droite classique qui s’est montrée incapable de freiner le déclassement et la progression de l’extrême pauvreté, le scrutin du mois prochain apparaît plus ouvert que jamais.

Une droite divisée après l’ère Fournier

Divisée, la droite n’est pas parvenue à assurer l’après Fournier, maire sortant ne se représentant pas. Grand classique lorsque le chef tourne les talons, les appétits s’aiguisent et trouvent des prolongements politiques parfois opportuns. Ainsi, Franck Proust, ex-premier adjoint de 62 ans, finirait en troisième position avec 21 % selon un sondage de l’institut Quorum pour Le Réveil du Midi, dont les tendances sont confirmées par une étude de l’Ifop publiée dans Midi Libre le 17 février. La porosité existe bel et bien avec le candidat nationaliste, fraîchement débarqué de Beaucaire, député européen, connu, parmi d’autres, pour ses entraves à la laïcité et ses stigmatisations à l’égard des populations de confession musulmane.

On ne s’impose pas à la mairie de Beaucaire comme on prend la citadelle nîmoise, semble indiquer le dernier sondage paru. En recul avec 23 % des sondés, le parachutage local peine à convaincre, malgré les 30 % lepénistes régulièrement obtenus dans la ville, que ce soit à l’occasion des européennes ou des législatives.

L’outsider de droite se nomme Julien Plantier, 40 ans, qui présente un « ticket » avec la candidate du parti présidentiel sur une orientation davantage centre-droit. Les 14 % qui lui sont promis et la probable quadrangulaire du second tour retireraient donc à LR la dernière ville de plus de 150 000 habitants administrée par l’ancienne famille gaulliste, désormais en voie de droitisation avancée. De quoi assister à une dernière ligne droite musclée au sein d’un clan encore uni il y a peu, illustrant aussi une bataille générationnelle qui ne dit pas son nom.

Une gauche unie en position de force

Mais l’essentiel est ailleurs. La gauche unie, débarrassée de sa frange populiste, présente un visage rassemblé derrière Vincent Bouget, militant communiste et professeur d’histoire-géographie. Regroupant une large coalition progressiste, de Place Publique aux écologistes, la tête de liste du PCF est en pôle avec 32 %, accentuant son avance. La possibilité de reconquérir la ville à la faveur de circonstances baroques n’est donc plus un mirage. C’est aussi une nécessité vitale pour un parti jadis puissant en terres languedociennes, devenu marginal, de l’intérieur des terres au littoral. Une possible victoire aurait des conséquences bien au-delà des municipales et assurerait un rééquilibrage déterminant pour les prochaines sénatoriales, consacrant l’affaiblissement de la droite en proie aux divisions sur fond de poussée de l’extrême-droite.

Pauvreté et sécurité au cœur du scrutin

Car on l’oublie trop souvent, la misère à Nîmes est la première donnée structurante de la seconde ville du Languedoc : 30 % de la population en est réduite à vivre sous le seuil de pauvreté. L’explosion du narcotrafic et la multiplication des faits divers sordides montrent que le résultat ne se jouera pas seulement dans l’hyper-centre et les quartiers aisés.
La situation est devenue hors de contrôle dans les zones les plus exposés aux mafias, sur lesquels les gangs des Bouches-du-Rhône lorgnent dangereusement. Opérations « place nette », mobilisation des compagnies de sécurité en période estivale : des pans entiers de la population souffrent autant de la pauvreté économique et éducative que d’un abandon qui ne dit pas son nom.

Voteront-ils ? Une des clés du scrutin réside dans cette question, d’autant qu’une fois n’est pas coutume, la candidature insoumise, destinée à faire battre la gauche, n’est même pas créditée de 10 % d’intentions de vote, alors que Mélenchon réalisait encore 28 % en 2022 dans la « Rome française ». De là à reléguer LFI dans les marges et la droite au musée, il n’y a qu’un pas, à portée de voix.

Boris Enet