Municipales : le bal des mis en examen
Le LFI Sébastien Delogu rejoint les rangs des candidats mis en examen dont le procès se tiendra juste après les élections municipales. Après Rachida Dati et Sophia Chikirou, ce bal de prévenus interpelle : nos grandes villes méritent-elles d’être gouvernées par de si troubles personnalités ?
Ils ne se contentent pas de menacer à Paris l’élection du socialiste Emmanuel Grégoire et à Marseille la reconduction de son collègue Benoît Payan. Les deux candidats de LFI dans ces grandes villes, que Jean-Luc Mélenchon a choisis parmi sa garde rapprochée, sont tous les deux sous le coup de la justice.
Mise en examen, Sophia Chikirou, la compagne du leader de LFI, sera jugée dès le mois de mai pour une escroquerie présumée au préjudice du site Le Média, une web-TV associée à la gauche radicale, qu’elle a co-fondée avant de la diriger. Elle est accusée de s’être fait passer pour la présidente de la société de production alors même qu’elle l’avait quittée, pour obtenir du Crédit du Nord des virements de plus de 67 000 euros, qui n’ont finalement pas été versés.
Paris et Marseille : les candidats LFI visés
Sophia Chikirou, qui assurait alors la communication de Jean-Luc Mélenchon, avait quitté Le Media à la suite de litiges pour avoir facturé, via sa société personnelle de conseil Mediascop, des prestations qu’elle n’avait pas fournies. En septembre 2024, elle a été mise en examen pour escroquerie aggravée sur les comptes de campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon.
L’affaire a fait grand bruit. Ce qui n’a pas empêché Jean-Luc Mélenchon d’introniser Sophia Chikirou comme tête de liste pour les élections municipales à Paris.
Même topo désormais à Marseille, où l’on apprend que Sébastien Delogu fait campagne en pleine tempête judiciaire. Cet ancien chauffeur personnel de Jean-Luc Mélenchon sera lui aussi jugé dès le mois de juin, pour avoir diffusé sur ses réseaux sociaux les documents privés d’un chef d’entreprise avec lequel il était en conflit social.
Déjà condamné pour violences aggravées commises en mars 2023, il comparaîtra cette fois pour recel de biens provenant d’un vol, mise en danger d’autrui pour divulgation de données personnelles et atteinte au secret des correspondances. Trois chefs d’inculpation, qui résultent de la publication de ce vol de documents privés.
Présomption d’innocence, risque d’inéligibilité
Et là, on s’interroge : comment deux candidats qui risquent d’être condamnés et de devenir inéligibles, à peine deux à trois mois après les élections municipales, peuvent-ils concourir pour la mairie des deux plus grandes villes de France ?
En France, comme dans la plupart des pays d’Europe, s’applique la présomption d’innocence. Ce qui entraîne que tout justiciable a le droit de se présenter à une élection s’il n’a pas encore été condamné. Il doit en revanche démissionner de son poste dès lors qu’il serait déclaré inéligible.
À Paris, cela n’inquiète guère Rachida Dati qui fait la course en tête. Elle a aussi été mise en examen en 2021 – juste après les municipales de 2020 – et son procès se tiendra du 16 au 28 septembre pour les chefs d’inculpation de corruption passive, trafic d’influence, recel d’abus de pouvoir et abus de confiance. Elle est soupçonnée d’avoir été payée 300 000 euros par an pendant trois ans par Carlos Ghosn, l’ex-patron de Renault-Nissan pour des prestations qu’elle ne parvient pas à justifier. Voilà pourquoi on s’interroge sur le nom de son premier adjoint, convaincu que c’est lui et non elle, vraisemblablement déclarée inéligible, qui tiendrait après quelques mois seulement les rênes de l’Hôtel de Ville.
Une classe politique sous suspicion
Il n’y a rien d’illégal dans tout cela. Mais au moment où se tient le procès de Marine Le Pen, on est en droit de se demander quelles valeurs animent notre classe politique. À LFI pour Chikirou et Delogu, au LR pour Dati et au RN pour Marine Le Pen, personne ou presque ne semble remettre en cause les agissements des uns et des autres. Leur seul souhait est que par miracle, leurs protégés échappent au verdict de la justice.
Il n’y a guère de comparaison entre un vol de documents et l’accumulation pendant plusieurs années de grosses sommes d’argent à son profit personnel. Mais il y a une ligne de conduite similaire qui ne semble choquer ni les uns ni les autres.
Seul Gabriel Attal pour Renaissance a préféré, avec ses troupes, choisir plutôt Bournazel que Dati, troublé par ses affaires judiciaires. Cela n’a pas été le cas de François Bayrou qui, contre toute logique, a choisi pour le MoDem de soutenir son ex-membre de son cabinet quand il était ministre de l’Éducation nationale.
Il fut un temps, devenu lointain, où un ministre mis en examen démissionnait. Ce fut le cas de Bernard Tapie, ministre de la Ville mais aussi de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire de la MNEF où il fut pourtant relaxé. Aujourd’hui, on peut rester ministre de la Culture, mise en examen jusqu’à la veille même de l’élection à la mairie de Paris, sans que grand monde ne s’en inquiète. Que l’on ne soit pas surpris, dès lors, de la défiance des Français envers leur classe politique.



