Municipales : les écologistes en pleine décroissance

par Valérie Lecasble |  publié le 06/12/2025

Donnés battus à Lyon, Strasbourg, Poitiers, en difficulté à Grenoble et concurrencés à Bordeaux, les écologistes devraient perdre la plupart des mairies conquises en 2020. Maigre compensation : ils peuvent faire perdre les socialistes dans plusieurs villes.

Le maire de Lyon, Grégory Doucet. (Photo Matthieu Delaty / Hans Lucas via AFP) - Le maire de Grenoble, Éric Piolle (Photo Olivier Chassignole / AFP)

L’air du temps a bien changé depuis ces municipales glorieuses de 2020 où les écologistes avaient raflé plusieurs grandes villes de France. Ils avaient pris les commandes à Lyon, Grenoble, Poitiers, Strasbourg, portés par le désir des habitants de vivre mieux dans les agglomérations : moins de pollution, moins de voitures, plus d’espaces verts et développement des mobilités douces que sont le vélo ou le tramway.

Mais leurs premiers pas furent chaotiques : interdiction des sapins de Noël dans l’espace municipal « pour ne pas déboiser les forêts », déclarations lunaires, mesures abruptes ou ridicules, arrêt du financement public des aéroports et des aéro-club, etc. Sous couvert d’écologie, ils ont choisi une radicalité que les citoyens ont rapidement rejetée. Plus rouges que verts, ils ont braqué leurs électeurs.

Menée dans la précipitation et le désordre, cette politique de transformation des municipalités a peu à peu vidé les centres-villes, au grand dam des commerçants qui ont vu les consommateurs bouder leurs magasins devenus inaccessibles autrement qu’à pied ; et des propriétaires qui ont subi une baisse sensible du prix de leurs logements comme place Bellecour dans le centre-ville de Lyon, où la valeur de leurs biens a fondu comme neige au soleil.

Ce bouleversement s’est accompagné d’une insécurité inédite avec une montée de la délinquance, de la criminalité et du trafic de drogues, dans les périphéries mais aussi dans les centres villes. Avec en prime le refus idéologique d’armer la police municipale, impuissante à contrôler la situation.

Autant de raisons pour lesquelles le temps de l’écologie triomphante est bel et bien terminé. À Lyon, l’ancien président de l’Olympique de Lyon, Jean-Michel Aulas fait la course en tête pour le socle commun avec 36 % des voix devant l’alliance de gauche du maire sortant Grégory Doucet à 27 %. À Strasbourg, le retour de Catherine Trautmann devrait permettre aux socialistes de l’emporter. À Poitiers, le match se jouera entre le candidat du PS François Blanchard et Marie-Dolores Prost qui mène l’Union des droites. À Grenoble, le maire sortant Eric Piolle, suspendu de son parti, ne se représente pas. Et si Pierre Hurmic demeure le favori à Bordeaux, l’alliance du centre et des droites que Thomas Cazenave veut piloter lui mord les mollets.

Faute d’avoir prouvé leur capacité à gouverner, les Verts sont au bord du désastre électoral. Dans deux grandes villes, Nantes et Rennes, ils ont certes scellé un accord d’union avec le Parti socialiste, en forçant leur avantage dès le 1er tour pour battre la droite et maintienir LFI à distance. Mais à Marseille et surtout à Paris, rien n’est encore acté tant leurs exigences (nombre d’élus et d’arrondissements) sont élevées.
Voici donc le beau projet écologique changé, au fil des ambitions des uns et des dérives idéologiques des autres, en une machine à perdre. Incapables de gérer seuls, ils se raccrochent à leurs anciens mentors socialistes, tout en envisageant de les faire trébucher dans certaines villes.

Car la question du second tour est d’ores et déjà posée : que décideront les écologistes lors des triangulaires voire des quadrangulaires qui s’annoncent dans de nombreuses communes avec le maintien annoncé de tous les candidats qui ont obtenu plus de 10 % des voix exprimées ?

Nul ne doute qu’ils pousseront à une grande union de la gauche qui inclut LFI, aux côtés du PS, des Verts et du PC. Une perspective qu’ont exclue Benoit Payan à Marseille et Emmanuel Grégoire à Paris, fidèles à la consigne donnée par Olivier Faure de détacher le Parti socialiste de LFI. Chercheront-ils à l’obtenir quand même ? Pour qui pencheront-ils, au cas par cas, in fine ?

Cette perte de repères débouche sur un naufrage idéologique. Il est consécutif à la stratégie menée par Marine Tondelier, qui a troqué les valeurs traditionnelles des Verts pour la radicalité politique. Ce qui permet par exemple à Delphine Batho, qui préside Génération Écologie, de se porter candidate à l’élection présidentielle avec un mot d’ordre : « reconstruire une écologie capable de gouverner ». Comme souvent avec la députée, ex-ministre de François Hollande, le diagnostic est implacable.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique