Municipales : LFI torpille la gauche
Dans les trois plus grandes villes de France, la victoire de la coalition du Parti socialiste et des écologistes est menacée. Sophia Chikirou à Paris et Sébastien Delogu à Marseille tiennent la clé du scrutin. Au profit de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.
Vendredi, Marine Le Pen séchera son procès à Paris pour aller soutenir à Marseille son candidat du RN aux prochaines élections municipales. Le jeu en vaut la chandelle : à 26-27 % dans les sondages, Frank Allisio est au coude à coude avec le maire socialiste sortant, Benoît Payan. La deuxième ville de France va-t-elle basculer à l’extrême-droite ?
Marseille : Delogu, arbitre du scrutin
La réponse à ce cauchemar est entre les mains de Sébastien Delogu. L’ex-chauffeur de Jean-Luc Mélenchon, gros bras de LFI, élu député haut la main en 2022 dans les quartiers nord, et qui s’était fait exclure de l’Assemblée Nationale pour y avoir brandi un drapeau palestinien, est crédité d’un score de 15% dans la course à la mairie de Marseille. Pas assez pour gagner mais suffisamment pour empêcher Benoît Payan d’être réélu.
Car à Marseille comme à Paris, les candidats de LFI ont juré de ne pas se rallier au 2nd tour à la coalition formée dès le 1er tour par les socialistes, écologistes et communistes dans la plupart des villes de France. Avec l’éclatement du Nouveau Front Populaire la rupture est consommée : désormais la priorité de LFI est de torpiller le Parti socialiste.
Paris : Chikirou refuse le ralliement
A Paris aussi, Sophia Chikirou fait cavalier seul. Tout comme Sébastien Delogu la compagne de Jean-Luc Mélenchon est aussi radicale que clivante. Elle est, de plus, sous le coup d’affaires judiciaires. Créditée de 10 à 13 % selon les sondages, elle est le pendant à gauche de Sarah Knafo à droite. Sauf qu’elle a promis de ne pas rallier Emmanuel Grégoire au 2nd tour, à l’inverse de la compagne d’Éric Zemmour qui soutiendra Rachida Dati.
Ce contexte dangereux inquiète l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo et sème le trouble chez les militants socialistes à Paris. Déjà, il leur a fallu accepter de céder 36 conseillers de Paris et le 11ème arrondissement aux Verts pour sceller leur accord, tant ils sont fébriles dans la nécessité de faire la course en tête dès le 1er tour. Mais voilà qu’Emmanuel Grégoire propulse aussi sur leur liste Lucie Castets, l’ex-candidate à Matignon en position éligible et y introduit l’ex-conseillère LFI de Paris, Danielle Simonnet. Deux atouts, espère-t-il pour cantonner Sophia Chikirou en dessous des 10 % des voix nécessaires pour se maintenir au 2nd tour.
Le prix de ces ralliements est cher payé, grognent les socialistes, en passe de perdre la majorité au sein de leur propre coalition.
Lyon : Aulas face au maire écologiste
À Lyon, nul besoin de LFI dont la candidate ne devrait pas se qualifier au 2nd tour, pour faire perdre la gauche. L’ex-patron de l’OL, Jean-Michel Aulas qui roule pour la droite et le centre se charge de battre le maire écologiste sortant, Grégory Doucet.
Voici comment la gauche est menacée de perdre les trois plus grandes villes de France. Une perspective inexplicable s’il n’y avait en ligne de mire l’élection présidentielle quatorze mois plus tard. Nul doute que si ce sinistre présage devait se confirmer, Jean-Luc Mélenchon en tirerait profit pour assassiner le Parti socialiste et sa stratégie de rupture avec LFI. Un triple échec n’accorderait bien sûr aucune ville aux Insoumis mais leur permettrait de pointer du doigt la faiblesse du Parti socialiste et, dans la foulée, de ses candidats à la présidentielle. Une façon pour Jean-Luc Mélenchon de réitérer le pari de 2022 et d’attirer à lui le « vote utile » à gauche ? La ficelle est grosse et le Mélenchon de 2027 n’est pas celui de 2022. Mais cette perspective montre s’il le fallait l’importance cruciale de ces municipales de mars.
Alors que toute la classe politique s’est engluée depuis la dissolution dans ses difficultés à trouver une majorité à l’Assemblée nationale ; et qu’avec un troisième Premier ministre, les députés peinent encore à s’accorder sur un budget pour 2026, la campagne des municipales ne fait que commencer. À deux mois du scrutin, on en mesure les enjeux et les risques. À Paris, la gauche plafonne à 30-33 % des voix dans les sondages contre 40% lors de l’élection d’Anne Hidalgo. Le pire serait que l’ambition personnelle d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, la fasse tomber.



