Municipales : un scrutin fantôme
Les militants ont beau s’y employer, cette campagne municipale est prise sous le feu croisé de l’actualité internationale et des provocations quotidiennes de l’extrême-gauche. Derrière ce brouhaha, la confrontation des projets municipaux passe presque inaperçue.
Avec trois guerres simultanées, l’une sur le sol européen et deux à sa périphérie, les citoyens français peinent à se mobiliser pour un scrutin municipal pourtant déterminant pour leur quotidien et pour l’avenir. Si l’échéance municipale demeure l’une des préférées des Français, le niveau de participation n’est en rien acquis. Parallèlement, les provocations répétées de Jean-Luc Mélenchon ne permettent ni un débat serein ni la nécessaire confrontation de propositions locales dans les grandes villes. Les citoyens ont le tournis.
La relégation du scrutin au second plan
Sur le plan international, pour la diplomatie européenne comme pour l’actuel locataire de l’Élysée, le positionnement demeure délicat entre la détestation d’un régime honni, totalitaire et théocratique, et l’embardée impériale piétinant une fois encore les vestiges du droit international. Les néostaliniens de LFI ne s’embarrassent plus des distinctions entre contradiction principale et contradiction secondaire, chères à leurs ancêtres marxistes ; leur idéologie décoloniale leur interdit désormais toute nuance. Les Occidentaux deviennent ainsi l’incarnation du « Grand Satan », comme l’annone Rima Hassan.
Dans ces élections, ils pourchassent le « social-traître » ou le « social-fasciste », mais aussi ceux qui pactisent avec lui, puisque tout le monde est devenu « fasciste », à un degré ou un autre. Même la Ligue des droits de l’homme, dont l’orientation diffère sensiblement de son illustre passé, est intervenue pour dénoncer l’antisémitisme du leader de LFI.
Le poids de la honte pour la gauche
Ces jeunes étudiants, actifs et militants, séduits par la rupture insoumise jusqu’à l’aveuglement, quitte à tourner le dos à la morale élémentaire, se mobiliseront-ils pour ces scrutins locaux ? Rien n’est moins sûr. La direction de LFI a beau tenter de transformer la campagne en législative permanente, les enjeux locaux finissent par s’imposer et renvoyer au musée les envolées lyriques du tribun devenu antisémite. Enfin, l’âge moyen d’un électeur français est désormais de 49 ans et 3 mois, ce qui ne rend guère imminente la révolution prolétarienne.
Dans le même temps, la gauche républicaine poursuit sa décantation à un rythme insuffisant. Il est difficile d’envisager la période sous le seul angle du cordon républicain contre l’extrême droite lorsque l’on s’est présenté — même avec un mouchoir sur le nez — aux côtés de ceux qui ont justifié le lynchage d’un jeune nationaliste à terre, à dix contre un, et qui s’esclaffent en entendant leur leader plaisanter sur la prononciation des noms juifs.
Même pour les promoteurs zélés du « Nouveau Front populaire », la distanciation comme la condamnation sont désormais actées. Mais l’éternel dilemme entre perdre un siège et perdre son âme taraude toujours une partie de cette gauche convalescente, qui tarde à lui substituer une stratégie politique et électorale alternative. Acculturée au discours de la meute, elle se sèvre trop lentement dans un contexte où tout s’accélère.
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, en est un exemple significatif. On trouve des formulations parfois contradictoires dans sa distanciation définitive à l’égard des Insoumis. La caractérisation des propos de Mélenchon est sans appel, mais la stratégie d’entre-deux-tours demeure incertaine. Dans le même temps, il a été l’un des artisans de l’adoption d’un budget, évitant ainsi de dérouler le tapis rouge à l’extrême droite.
Probablement conscient de la nécessité de constituer un front démocratique avec Gabriel Attal et d’autres dans la perspective de 2027, il ne pourra dresser une ligne de défense crédible face à l’imminence nationaliste s’il ne permet pas, simultanément, d’ériger un cordon sanitaire à l’égard des nouveaux antisémites de gauche. C’est dans cet univers mouvant et profondément incertain que la gauche démocratique évolue. Elle en sortira nécessairement éprouvée le 15 mars prochain si elle présente, une fois encore, un discours confus. Elle perdra également des sièges si elle adopte enfin une position claire, rappelle ses principes fondateurs et les combats universels qui sont les siens. Mais elle préparera plus sûrement l’avenir, sans se couvrir d’opprobre.



