Musée du Louvre : un sombre tableau
Le plus grand musée du monde traverse une crise majeure. Le nouveau président a toutes les qualités pour l’affronter. Mais il ne peut y parvenir sans un soutien politique clair et constant.
Il arrive que l’État décide vite. C’est le cas pour le successeur de Laurence des Cars, la présidente du musée du Louvre, qui a démissionné mardi. Le nouveau titulaire du poste, Christophe Léribault, actuellement président du château de Versailles, a été nommé dès le lendemain en Conseil des ministres. Le musée d’Orsay, occupé précédemment par Léribault, avait attendu six mois sa nouvelle présidente, Annick Lemoine, à la suite du décès brutal de Sylvain Amic, qui avait succédé à Christophe Léribault l’année précédente.
Une succession accélérée après la crise
C’est un excellent choix, même si, du fait de circonstances imprévues, ce conservateur de musée très apprécié n’a pas eu le temps, ni à Orsay ni à Versailles, de voir réaliser ses projets. Il y avait le feu au lac. Laurence des Cars ne pouvait rester dans cet établissement secoué par le vol des bijoux dans la galerie d’Apollon, puis par d’innombrables incidents, démontrant le mauvais état du musée et les fautes collectives des présidents successifs et du ministère de la Culture pour y remédier.
Laurence des Cars a sa part de responsabilité dans cette affaire, notamment par sa gouvernance jugée souvent distante et peu collective. Elle paie l’absence de décisions appropriées, et pas seulement les siennes, pour remédier au mauvais état du musée. Rachida Dati, toujours prompte à s’exonérer de ses propres responsabilités, sans doute occupée par sa lourde charge de candidate à la mairie de Paris, après avoir nommé une mission pour la réorganisation de la gouvernance du musée, s’est finalement résolue à abandonner la présidente contestée. Quant à la mission, on n’en parle plus.
Restaurer la confiance et définir les priorités
Christophe Léribault aura fort à faire pour restaurer la confiance avec le personnel et la tutelle. À condition d’en avoir le temps et les moyens, l’homme en est parfaitement capable. En ces temps de disette budgétaire, ce sera périlleux. Il faut établir un plan pluriannuel qui fasse ressortir clairement les priorités de maintenance des bâtiments et de gestion du personnel, qui doivent passer avant les actions spectaculaires, les achats d’œuvres et les dépenses non indispensables. Dans cet esprit, il lui faudra s’interroger sur la pertinence du projet très (trop ?) ambitieux annoncé par le Président de la République et soutenu par Laurence des Cars. Une nouvelle entrée pour le Louvre ? Sans doute. Pour le reste, il faudra voir. Lancer des projets sans en avoir le financement n’a pas de sens.
Le défi du gigantisme et du surtourisme
Au-delà, ou à cause de ces difficultés, la situation du plus grand musée du monde pose la question du gigantisme. Accueillir chaque année dix millions de personnes, et vouloir encore augmenter la jauge, dans des bâtiments non prévus pour une telle affluence, est une mission ardue. Il n’est pas sûr qu’isoler la Joconde pour canaliser ce flux ininterrompu soit la bonne réponse.
On pourra multiplier les entrées, les gardiens, les caméras, augmenter les tarifs, il faudra surtout réguler les flux et sans doute le nombre de visiteurs. Le problème se pose partout, du fait du surtourisme, particulièrement dans les lieux sensibles et fragiles, dont l’usure et les dysfonctionnements sont accélérés par ces flots humains. On peut compter sur Christophe Léribault pour traiter ces questions, lui qui veut faire des musées « des lieux en prise avec les préoccupations et les interrogations de notre temps ». Encore faut-il qu’une volonté politique soutienne ce travail immédiat et cette vision à long terme, dont le musée du Louvre a un besoin urgent.



