La fusée Musk retombe sur Trump
Le milliardaire préféré de Donald Trump est devenu son ennemi intime. Elon Musk a fait preuve d’une grave immaturité politique. Trump ne fait pas mieux dans le registre économique.
Dans la séquence indigne et cornecul dans laquelle l’homme le plus puissant du monde et l’homme le plus riche de la planète se donnent en spectacle affligeant. Elon Musk a politiquement tort et économiquement raison. L’ex-« first buddy », conseiller préféré du président, homme d’affaires à la réussite stratosphérique, est en perpétuel conflit d’intérêts depuis son compagnonnage à la Maison Blanche avec Donald Trump. Qu’il s’agisse sa société Space X dont il a fait le maître d’œuvre américain de l’espace supplantant la Nasa, de la politique de Washington à l’égard de la Chine dont il est un partenaire commercial obligé pour Tesla, ou de la propagande pro-Trump dont il est lui-même un vecteur sur son réseau social X, Musk a fait sauter tous les verrous entre le domaine public et ses engagements privés.
Politiquement, sa position ne pouvait que devenir intenable, d’autant que la brutalité de ses méthodes allait créer autour de lui un mur d’adversités au cœur même de la Maison-Blanche.
Passons sur le caractère fantasque et capricieux du milliardaire. S’il est prompt à couper dans les subventions des autres pour réduire le train de vie de l’État, il tempête lorsque la prime pour l’achat de véhicules électriques passe à la trappe, pénalisant son commerce de voitures. Ou lorsque le président ne requiert pas sa présence lors d’une réunion sur les relations entre Washington et Pékin, à cause de sa proximité avec la partie chinoise.
Les frasques d’Elon Musk en casquette dans le bureau ovale, ou brandissant une tronçonneuse dans un meeting, en disent long sur le manque de maturité de l’homme d’affaires. Voulant faire voler en éclat les codes de la vie politique en bon libertarien guidé par son seul désir de pourfendre les règles, il a surtout démontré une profonde méconnaissance des modes de fonctionnement des administrations, et une totale incompétence pour mener les réformes qu’il prônait.
Des 2 000 milliards de dollars qu’il se vantait de faire économiser à l’État par l’action du département que lui avait confié Donald Trump, il n’en aura tiré que le quinzième… et même moins si on intègre les indemnités de départ dues aux milliers de fonctionnaires licenciés. Encore faudrait-il chiffrer en plus le coût de la désorganisation des services !
En se mettant à dos d’autres proches de Donald Trump, comme le secrétaire d’État Marco Rubio, ou Steve Bannon, conseiller lors de Trump 1 qui susurre toujours à l’oreille du président, ou le vice-président JD Vance jaloux de ses prérogatives, Musk a surestimé son statut d’intouchable, surtout lorsqu’il a semblé vouloir faire la politique du président à la place du président. Une succession de graves fautes politiques qui lui ont valu une excommunication de la Maison Blanche, 140 jours après la seconde investiture de Donald Trump.
Le pire pour Musk est que son auréole de business man flamboyant s’est brisée lorsque, en proie à une colère non maîtrisée qui sera mise sur le compte d’un usage excessif de drogues, il s’en est pris avec violence à la loi budgétaire portée par son ex-mentor. La sanction fut immédiate en Bourse, où l’action Tesla a perdu 16% dans la seule journée du 5 juin, entraînant l’évaporation de 150 milliards de dollars pour ses actionnaires. Et finissant de creuser un trou de plus de 130 milliards de dollars dans la fortune d’Elon Musk. Le coût exorbitant d’un mélange des genres suicidaire pour un industriel dit de génie !
Et pourtant, sur le fond, la colère de Musk n’est pas injustifiée. Car s’il a tort politiquement, il a raison économiquement au regard de la « grande et belle loi » que Donald Trump veut faire adopter par le Sénat américain pour 2025. Elle se traduit par un déficit atteignant 6,1% de PIB, portant la dette à plus de 36 000 milliards de dollars, représentant plus de 124% de PIB. Même la France, réputée dispendieuse avec une dette publique pesant 112% de PIB, fait moins mal que les États-Unis ! Mais surtout, compte tenu des crédits d’impôts que Donald Trump souhaite amplifier et des économies impopulaires auxquelles il renonce à cause du risque électoral, « l’arnaque fiscale » dénoncée par les démocrates mènerait sur une trajectoire insoutenable de la dette publique, de 56 000 milliards de dollars dans dix ans. La démesure est vertigineuse.



