Nantes : Johanna Rolland en difficulté ?

par Valérie Lecasble |  publié le 03/03/2026

La numéro deux du Parti socialiste n’est pas assurée de sa réélection face au candidat de la droite Foulques Chombart de Lauwe. Un test national pour cette ville dirigée par la gauche depuis cinquante ans. Et dont l’issue dépend de l’attitude de LFI…

Johanna Rolland, maire sortante de Nantes et candidate à sa réélection sous l'étiquette du Parti socialiste. (Photo le 2 février 2026, Sébastien Salom-Gomis / AFP)

À en croire Johanna Rolland, ce devait être une simple formalité. Interrogée sur sa réélection à Nantes, elle balayait la question comme si la réponse était évidente : elle serait sans suspense reconduite à la mairie. La preuve : l’accord d’union de la gauche, sauf LFI, que la maire sortante a passé dès le premier tour avec les Verts, comme dans toutes les grandes villes de France, et qui devait, à lui seul, lui assurer la victoire.

Un sondage qui fragilise la maire sortante

Le sondage que publie Odoxa bouscule ses certitudes. Certes, il ne convainc guère son entourage qui, par d’autres sources, croit à un résultat beaucoup plus favorable. Mais Gaël Sliman, qui préside l’institut de sondage, est formel : même commandé par la droite, il a été réalisé dans les règles de l’art. Or il met Johanna Rolland à 35 % au 1er tour, un point seulement devant son rival de droite. Et la qualification de LFI avec 12,5 % d’intentions de vote la placerait au 2e tour derrière la droite, à 40 % contre 42 %, si La France insoumise devait se maintenir.

Des écarts trop faibles pour préjuger de l’issue de l’élection. Mais là où tout paraissait verrouillé, l’incertitude s’installe… Le sujet est sérieux, car Nantes n’est pas n’importe quelle ville, tant elle est traditionnellement acquise à la gauche. Depuis qu’il y a cinquante ans, aux élections municipales de mars 1977, l’union de la gauche remporte la mairie, elle ne l’a pas lâchée, hormis la parenthèse d’une défaite en 1983. Dès 1989, Jean-Marc Ayrault s’empare de la ville qu’il dirigera pendant vingt-trois ans jusqu’à être nommé Premier ministre de François Hollande. Son premier adjoint termine son mandat avant l’élection de Johanna Rolland en 2014.

Une figure nationale sous pression

Première femme à la tête de Nantes, elle fait en même temps son bonhomme de chemin au Parti socialiste. Elle gagne la confiance d’Olivier Faure, dont elle partage tous les combats, notamment lors de la constitution de la Nupes, puis du Nouveau Front populaire. Entre eux, il n’y a pas la feuille d’un papier à cigarette, tant et si bien qu’elle intègre la direction du Parti socialiste en 2023 pour accéder, seule, au poste de première secrétaire nationale déléguée après le congrès de Nancy, une fois acté le départ de Nicolas Mayer-Rossignol des instances du parti. La voilà installée comme numéro deux.

Avec ses longs cheveux et ses yeux noirs, elle a l’art d’haranguer les foules. Sa voix porte, elle convainc et sait provoquer l’enthousiasme des militants socialistes sur les sujets stratégiques sensibles… toujours au profit d’Olivier Faure. Seulement voilà, son approche humaine est parfois raide et clivante. À Nantes, « son image s’est dégradée à 50 % d’adhésion et 50 % de rejet », explique Gaël Sliman. « Je veux virer Johanna Rolland », lance en octobre 2023 Foulques Chombart de Lauwe, un LR, inconnu et solitaire, dont le nom fait d’abord sourire les habitants de cette ville populaire. Deux ans et demi plus tard, le franc-tireur a réussi à rassembler la droite et le centre, et obtenu le soutien de David Lisnard, Bruno Retailleau et Gabriel Attal, qui se sont spécialement déplacés. Il a aussi rallié à ses côtés la MoDem Sarah El Haïry, qui figure en numéro deux sur sa liste.

Sécurité et équation LFI

Confortablement réélue avec près de 60 % des voix en 2020, Johanna Rolland peut-elle chuter en 2026 ? Au Parti socialiste, on ne veut pas y croire, tant la claque serait sévère. Mais l’hypothèse n’a rien d’incongru. « En 2020, le total gauche au premier tour dépassait largement les 50 %, dont 20 % pour les Verts », commente Gaël Sliman, alors que l’extrême gauche était quasi inexistante. Selon lui, la configuration serait aujourd’hui bouleversée avec seulement 35 % au premier tour pour l’union de la gauche, y compris les Verts, et une extrême gauche à 16 %, dont 12,5 % pour LFI. Désormais, la plupart des Verts semblent préférer La France insoumise à Johanna Rolland.

La deuxième spécificité est qu’à Nantes, le sujet de la sécurité arrive en tête chez les habitants, devant toutes les autres villes françaises. Pour qui connaît des Nantais, c’est le premier sujet de préoccupation. Ville où il faisait bon vivre il y a vingt-cinq ans, Nantes s’est développée, au gré de son expansion économique plus ou moins erratique, en attirant une main-d’œuvre nombreuse, diverse et récemment implantée, qui a finalement eu du mal à s’intégrer. Au fil des ans, les agressions, jusque dans le centre-ville, se sont multipliées, provoquant l’ire des habitants et le rejet de Johanna Rolland, maire depuis plus de dix ans, jugée responsable de la dégradation de la situation.

Quel que soit le résultat final, ce sondage restera comme un coup de semonce : le sort de la numéro deux du PS paraît entre les mains de La France insoumise. Que LFI se maintienne, et ce sera compliqué pour elle de gagner.


Valérie Lecasble

Editorialiste politique