Nationalismes : mauvais vent d’Est pour l’Europe

par Boris Enet |  publié le 09/05/2025

Dans l’incapacité de faire vaciller l’Europe rhénane, pionnière de la construction et aile marchante de la direction de l’UE, l’Internationale des nationalistes passe par sa périphérie. Insuffisant.

Le chef de file de l'Alliance pour l'Union des Roumains (AUR), d'extrême droite, George Simion, s'exprime lors d'un débat avec le candidat indépendant Nicusor Dan, suite à leur qualification pour le second tour des élections présidentielles roumaines prévues le 18 mai, à Bucarest, en Roumanie, le 8 mai 2025. (Photo de Alex Nicodim / Anadolu via AFP)

Ils ont tout essayé ou presque. Trump et ses relais dociles, nationalistes de l’intérieur, ont pensé affaiblir la présidente de la commission. L’aliéné de la Maison Blanche refusait même de la rencontrer jusqu’à l’entremise réussie de la présidente du conseil italien, toujours sibylline. Et puis, comme souvent, Trump s’y est résolu. Un rendez-vous qui s’annonce électrique d’autant que l’UE prépare un plan de rétorsion douanier chiffré à 95 milliards de dollars – touchant notamment l’aviation et l’automobile – en cas d’échec d’un accord avec les États-Unis. Dans le même temps, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) sera saisie par les Européens.

Ils ont alors tenté de porter l’AfD autant qu’ils le pouvaient. Saluts nazis, vidéos de soutien à Alice Weidel, dirigeante de la formation d’extrême-droite, mais là encore, Washington a encaissé un nouveau revers. La constitution de la grande coalition CDU-SPD aux marges réduites, assure l’essentiel. Le chancelier Merz, au gré de ces circonstances si particulières, s’est converti malgré quelques fausses notes à la perspective d’une défense européenne pratique et au resserrement de la relation franco-allemande.

Triangle de Weimar, renforcement de la défense européenne au sein du contrat de mandature de la grande coalition, adoubement de raison à la politique longtemps combattue d’emprunts européens, sont autant de stigmates politiques de la défaite de Trump en République fédérale. Certes, l’Allemagne vient de signifier sa volonté d’aboutir à un accord avec Washington, mais avec Merz, la République allemande jouera collectif, rompant avec la mandature précédente.

Ils ont alors essayé en France, déchaînés sur les réseaux sociaux, présentant Marine Le Pen comme la nouvelle Jeanne d’Arc sacrifiée sur l’autel de « l’establishment » et des juges rouges. De guerre lasse, ils ont à nouveau échoué, remplissant péniblement le tiers de la place Vauban pour incarner la volonté populaire confisquée, malgré le renfort de Steeve Banon. Certes, ils pourront encore compter sur Mélenchon pour déstabiliser le parlement et les institutions de l’UE, campant la souveraineté nationale contre les transferts de compétences toujours plus nombreux. Mais, à ce jour, les députés français ne suivent pas la folle aventure du chef de meute, refusant de plonger le pays dans le chaos, sans alternative crédible.  

Comme un saisissant parallèle entre le cours de la situation française et celle d’outre Rhin, l’opinion publique devient elle aussi européenne et plus seulement nationale. Confrontées au décollage de l’AfD et l’enracinement dynamique du RN, les deux populations, victimes de l’extrême-droite durant la seconde guerre mondiale, font face au péril brun, sans certitude mais avec une logique de « front républicain » par-delà des modalités de scrutin et d’institution. Incapables de déstabiliser le centre européen, Vance et l’équipe de la Maison Blanche, passent donc par les côtés, selon une tactique footballistique répandue.

Cela fonctionne d’autant mieux que l’accointance avec Moscou est patente. Le succès de dimanche dernier à près de 40%, d’un candidat se réclamant du trumpisme, George Simion, faisant ouvertement allégeance à Moscou, ouvre la voie à une possible conquête présidentielle. Le chef de file de l’AUR (Alliance pour l’unité des Roumains), en cas de succès le 18 mai prochain, rejoindrait alors Victor Orban à la tête de la Hongrie voisine mais aussi Robert Fico, président slovaque et poutinophile assumé. Jusqu’ici, Orban n’a jamais pu empêcher la volonté commune, tant dans la poursuite de l’aide à l’Ukraine que dans les emprunts supranationaux. Ministre de la parole, il s’est heurté à la détermination du conseil, au soutien du parlement européen mais surtout à la volonté d’Ursula von der Leyen. Qu’en sera-t-il demain ?

Pierre Benoit rappelait dans nos colonnes, le renouveau inattendu d’un moteur franco-allemand affaibli sur la scène intérieure, ragaillardi à l’extérieur et reprenant à son compte le discours volontaire de la Sorbonne du chef de l’État du 25 avril 2024. Trump pourra toujours se féliciter d’un accord avec le Royaume-Uni « total et complet ». Un gain insuffisant à l’heure où les Européens font leur mue et regardent du côté de l’Asie pour envisager l’avenir. Drôle de conjoncture, à l’heure de commémorer le 75e anniversaire de la journée de l’Europe et le discours Schuman, aux antipodes du vent mauvais, venu de Transylvanie.

Boris Enet