Netanyahou dit (enfin) la vérité

par Sébastien Lévi |  publié le 19/09/2025

Réputé pour sa duplicité intellectuelle sur la scène politique israélienne comme à l’international, Netanyahou vient de faire un aveu aussi brutal qu’assumé : il veut voir Israël transformé en forteresse spartiate.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'adresse aux membres d'une délégation bipartite de parlementaires américains au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 15 septembre 2025. (Photo DEBBIE HILL / POOL / AFP)

Au sein même de la coalition gouvernementale, le Premier ministre israélien est considéré comme un menteur impénitent. Il avait ainsi été traité de « menteur, fils de menteur » par le ministre des Finances d’extrême-droite Betzalel Smotrich dans une conversation enregistrée à son insu.

Il est capable de berner ses partenaires complaisants de la coalition, mais aussi une opposition trop souvent naïve, sans oublier les autres pays du monde. Ce n’est qu’après avoir quitté le pouvoir que les dirigeants des pays occidentaux nous permettent de mesurer l’ampleur de la défiance des alliés d’Israël envers Netanyahou, comme en attestent les propos peu amènes de Sarkozy ou Clinton, pour ne citer qu’eux. Il est donc d’autant plus frappant d’entendre l’intéressé admettre publiquement et sans détour sa véritable vision de l’avenir d’Israël.

Cette vision, que ses opposants l’accusaient de vouloir concrétiser, ce que Netanyahou avait toujours réfuté jusqu’ici, est celle d’un Israël devenu la Sparte des temps modernes, drapé dans un isolement assumé. Elle épouse d’ailleurs celle des zélotes d’extrême-droite de sa coalition pour des raisons messianiques, et convient aussi à ses partenaires ultra-orthodoxes qui se méfient par essence d’une trop grande ouverture au monde extérieur et à la modernité.

Elle rejoint en fait très profondément la vision sombre et pessimiste transmise par son père, Ben Zion Netanyahou, historien spécialiste de l’inquisition, pour qui l’histoire juive est d’abord celle de l’antisémitisme, des pogroms et des expulsions. Face à cette lecture, non dénuée de vérité historique, le sionisme des pères fondateurs d’Israël opposait une intégration dans le concert des nations et une normalisation de l’existence juive dans un cadre national (tout en gardant le lien avec la diaspora qui redevenait un choix et non une contrainte pour les Juifs du monde entier).

L’ancien Premier ministre Itzhak Rabin disait « Le monde entier n’est pas contre nous. Cela dépend aussi de nos propres actions ». Il existe bien un jugement à géométrie variable vis-à-vis d’Israël, dans lequel des anti-israéliens et des antisémites s’engouffrent trop souvent … et que Netanyahou sait justement exploiter. Pour ce dernier, l’isolement n’est pas une conséquence malheureuse et injuste des actions d’Israël, mais un choix de société revendiqué pour le pays. Ses propos récents sur Israël devenant la nouvelle Sparte devraient à cet égard dessiller les yeux de ceux qui voient en lui un dirigeant avec une vision stratégique. Il se dresse désormais en pleine lumière comme un homme politique corrompu prêt à toutes les dérives autoritaires et extrémistes pour plaire à ses partenaires et rester au pouvoir.

Peu importe que cette dérive isole définitivement le pays et finisse par imposer des conditions de vie spartiates à ses habitants…

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis