Netanyahou : la stratégie de l’insulte
En accusant Emmanuel Macron d’alimenter l’antisémitisme, le premier ministre israélien ne se contente pas de manier l’injure et l’extravagance. Il isole un peu plus son pays sur la scène internationale.
En diplomatie comme à la guerre, Netanyahou est un adepte de la grosse artillerie. Ce en quoi il se rattache bien moins à la tradition israélienne qu’à celle de l’extrême-droite la plus sectaire et grossière. Il vient encore de le montrer en insultant le président France et, à travers lui, le peuple français.
Après avoir déploré la montée des agressions antijuives en France – comme si on ne constatait pas peu ou prou le même phénomène dans la plupart des pays – il s’en prend nommément au chef de l’État. « Votre appel à un Etat palestinien, lui écrit-il dans une lettre ouverte, alimente ce feu antisémite. (…) Cela récompense la terreur du Hamas, renforce le refus du Hamas de libérer les otages, encourage ceux qui menacent les juifs français et favorise la haine des juifs qui rôde désormais dans vos rues »
Macron complice de l’antisémitisme ? Au-delà de la personne du président, ce sont tous les Français qui sont insultés, notamment deux d’entre eux qui soutiennent depuis toujours une solution de compromis au Proche-Orient, fondée sur le droit des Israéliens de vivre dans des frontières sûres et reconnues et sur celui des Palestiniens de disposer d’un État à côté de celui des Juifs, conformément à la position constante de la France depuis De Gaulle et à celle que préconisent les organisations internationales depuis 1948.
Ainsi la reconnaissance d’un futur État palestinien alimenterait l’antisémitisme ? Quiconque dispose d’un peu de bons sens se demande surtout si ce n’est pas la brutalité de l’armée israélienne qui fait grandir le sentiment antijuif, tout comme la propagande à front bas déversée en permanence par les soutiens français de Netanyahou. Ainsi un homme comme Élie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, qui a approuvé la décision de reconnaissance, serait un complice de l’antisémitisme. ? Ils sont alors nombreux en France, comme au Canada, en Espagne, dans les pays scandinaves, en Australie et dans les quelque 140 nations qui ont-elles aussi reconnu l’État palestinien dans son principe.
En voyant des antisémites partout – alors qu’ils sont déjà assez nombreux comme cela – Netanyahou organise la banalisation du véritable antisémitisme, qui peut désormais s’amalgamer aux partisans du compromis au Proche-Orient pour déverser leur poison. D’autant que le chef de ce gouvernement d’extrême-droite ajoute à l’injure le mensonge le plus flagrant. Il faut avoir un toupet à la Trump – le modèle et mentor de Netanyahou – pour affirmer qu’Emmanuel Macron est resté silencieux devant les actes antisémites constatés en France et que la République – également complice, donc – laisse faire. Pure diffamation qui mérite l’adjectif employé dans leur réponse par les autorités françaises : abject.
Le tissu de calomnies porte atteinte aux relations d’amitié et de soutien qui relient une grande partie du peuple Français au peuple israélien. Présente aux côtés d’Israël dès sa création, la France s’est toujours portée en soutien aux heures difficiles (ce sont des Mirages, avions français, qui ont permis l’anéantir l’aviation égyptienne au début de la guerre des Six-Jours) et encore récemment, quand les militaires français ont aidé à intercepter les missiles lancés d’Iran vers les villes israéliennes.
Les insultes du Premier ministre n’auront d’autre effet que de renforcer dans l’opinion et dans la diplomatie ceux qui estiment que la France n’a aucun intérêt à suivre en tous points la politique israélienne. La France aussi, diront-ils, a des intérêts. Ceux-ci lui commandent, ajouteront-ils, de garder de bons rapports avec les pays arabo-musulmans et de ménager en France l’opinion propalestinienne. Netanyahou croit peut-être renforcer sa position en rompant avec la France. Il ne fait que renforcer les partisans d’une realpolitik que ceux-ci estiment devoir faire pièce à la realpolitik israélienne. C’est-à-dire accentuer encore l’isolement de son pays dans le monde.



