Netanyahou, roi du culot
Le mot hébreu « Khoutspa », passé dans le langage courant en anglais, désigne le culot. Pour ses partisans, Netanyahou est le « roi d’Israël », mais en demandant au président Herzog une grâce pour son procès en corruption, il est surtout le roi de la Khoutspa.
Il s’agit d’un test majeur pour la démocratie israélienne, attaquée frontalement par le gouvernement en place depuis près de trois ans : le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a officiellement demandé au président Itzhak Herzog une grâce dans le cadre de son procès pour corruption.
Il faut en effet faire preuve d’un culot certain pour demander une grâce sans même reconnaître sa culpabilité et sans s’engager à quitter la vie publique. En d’autres termes, Netanyahou demande simplement à ne pas être jugé, estimant qu’un procès lui demande trop de temps alors qu’il doit gérer le pays. C’est précisément l’argument qu’il avait utilisé pour exiger la démission de son prédécesseur Ehud Olmert, inculpé pour corruption, qui avait quitté ses fonctions avant même la tenue de son procès.
Quand Netanyahou quittera la vie publique, son principal héritage sera d’avoir divisé comme jamais la société israélienne, avec des anathèmes incessants contre ses opposants, et une habileté diabolique pour monter des pans de la société les uns contre les autres afin de rester au pouvoir. Cela n’empêche pas le roi de la Khoutspa de justifier sa demande de grâce présidentielle auprès de l’opinion israélienne par son souci de l’unité du pays, qui serait selon lui mise en péril par son procès.
Outre l’unité nationale, Netanyahou a également fragilisé le soutien bipartisan américain à Israël, en privilégiant l’alliance avec les républicains, au détriment d’une approche équilibrée qui avait été celle de tous ses prédécesseurs. Avec Donald Trump, Netanyahou a même repoussé les limites de la flagornerie. Le locataire de la Maison-Blanche a ainsi demandé par deux fois au président Herzog de gracier son « ami Bibi ». Cette ingérence américaine dans les affaires intérieures israéliennes est d’autant plus scandaleuse qu’elle est téléguidée par Netanyahou lui-même, prêt à fragiliser le soutien américain à Israël pour son bénéfice personnel. Trump avait en effet indiqué que l’arrêt des poursuites serait bénéfique pour l’alliance entre Israël et les États-Unis, comme il avait conditionné l’octroi des garanties financières à l’Argentine à la victoire du parti de Milei aux dernières élections législatives, avec une approche de parrain de la mafia dans les deux cas.
Cette ingérence américaine, mentionnée de nouveau par Netanyahou dans son discours à la nation pour justifier sa demande de grâce, place le président Herzog devant un dilemme : ne pas gracier Netanyahou, c’est offenser Trump et mettre en péril le soutien américain. Le gracier, c’est détruire l’idée même de justice indépendante en Israël.
La Khoutspa de Netanyahou serait presque comique si elle ne témoignait pas de son mépris profond pour les institutions démocratiques du pays. Elle est à bien des égards le coup de grâce du travail de sape entrepris par son gouvernement depuis son retour au pouvoir en décembre 2022, avec une réforme judiciaire annoncée des janvier 2023, dont le but était de mettre à bas tous les contrepouvoirs en Israël.
Le président Herzog est bel et bien aujourd’hui la dernière ligne de défense d’une démocratie ébranlée depuis trois ans par Netanyahou, qui aura systématiquement préféré ses intérêts propres à ceux d’Israël.



