New York : Mamdani, espoir ou épouvantail

par Sébastien Lévi |  publié le 05/11/2025

Jamais une élection municipale aux États-Unis n’aura autant intéressé la presse du monde entier. La victoire de Zohran Mamdani, au terme du scrutin qui s’est tenu le 4 novembre, fascine autant qu’elle inquiète.

Le candidat à la mairie de New York, Zohran Mamdani, célèbre sa victoire lors d'une soirée électorale, à Brooklyn, le 4 novembre 2025. (Photo parANGELINA KATSANIS / AFP)

Celui qui est désormais le nouveau maire de New York était encore inconnu du grand public il y a six mois, avant la primaire démocrate pour l’élection municipale.

Candidat des DSA (Democratic Socialists of America), une formation à la gauche du Parti démocrate de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez dans la capitale mondiale de la finance, Mamdani est un antisioniste revendiqué dans ville qui compte la plus grande communauté juive au monde. Son élection aura un retentissement profond bien au-delà de la métropole new-yorkaise.

Ses propos ambigus sur le Hamas ou le slogan « Globalize the Intifada », (mondialisons l’Intifada) et son soutien au boycott d’Israël ou de l’antisionisme dont il se prévaut, ont alimenté la peur de nombreux électeurs juifs, dans un contexte d’explosion des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023. Dans le même temps, Mamdani s’est engagé à lutter contre l’antisémitisme, dont il reconnait la gravité, et a multiplié les rencontres avec les communautés juives de la ville, des plus libérales aux ultra-orthodoxes. Selon les sondages, il aurait d’ailleurs obtenu entre 20 et 40% des voix des électeurs juifs. Certains ont voté pour lui en dépit de ses positions sur Israël, d’autres en raison de ces mêmes positions : 40% des Juifs américains estiment qu’Israël a commis un génocide à Gaza, comme le pense aussi Mamdani.

Beaucoup de Juifs new-yorkais demeurent inquiets devant cette normalisation de l’antisionisme, moins pour leur sécurité personnelle immédiate (déjà ébranlée) que pour le signal qu’enverrait cette élection, potentiel prélude à un changement du Parti démocrate dans sa relation avec Israël.

Au-delà du sujet d’Israël, la portée nationale de cette élection n’échappe à personne. Mamdani n’est pas un démocrate centriste mais bien un socialiste (équivalent français d’un social-démocrate avec une dose d’écologie politique). Ses propositions sur l’encadrement des loyers, les bus gratuits ou les places gratuites en crèche bousculent fortement la doxa économique du Parti démocrate. Ce dernier est autant embarrassé par l’ascension de Mamdani qu’intrigué par sa radicalité et sa capacité à séduire les jeunes et les classes populaires, qui lui ont fait défaut lors de sa défaite à de l’élection présidentielle de 2024.

La sincérité n’empêche pas l’habileté : beaucoup de mesures fiscales et sociales portées par Mamdani ne dépendent pas de lui mais de la gouverneure de l’État de New York, et son anti-sionisme ne devrait pas impacter outre mesure sa gestion de la ville. Désormais élu, il peut donc à bon compte affirmer son volontarisme sans devoir le mettre en pratique.

Son élection ne signifie pas la « chute » de New York avec un « monde libre qui vacillerait sur ses fondations », selon les mots de Bernard-Henri Levy dans un éditorial du Wall Street Journal. Elle n’est pas non plus la preuve que la radicalité est la seule voie à gauche pour séduire les jeunes démobilisés et les classes populaires passées à l’extrême-droite, comme le laisse penser LFI. Une tentative de récupération du phénomène Mamdani assez grotesque, à l’occasion de laquelle Manon Aubry a tracté pour lui dans les rues de New York.

Mamdani n’est ni un épouvantail ni un sauveur. Il est un politicien doué et habile, dont l’élection ouvre une phase d’espoirs pour certains, d’inquiétudes pour d’autres, et surtout d’incertitudes devant les ambiguïtés d’un homme de 34 ans sans expérience aux propositions démagogiques et largement inapplicables.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis