« NicolasQuiPaie » est un crétin d’extrême-droite

par Laurent Joffrin |  publié le 11/07/2025

Figure virtuelle de la droite identitaire incarnant le cadre sup trentenaire et « français de souche » soi-disant étranglé par le fisc, « Nicolas qui paie » est surtout un fabulateur qui ne comprend rien au fonctionnement de l’État-providence.

Laurent Joffrin - Photo JOEL SAGET / AFP

C’est un personnage fictif qui a gagné une certaine notoriété sur les réseaux par ses posts sarcastiques et xénophobes. Dans une parabole poujadiste, « Nicolas qui paie », dont la promotion est assurée par tous les sites d’extrême-droite et, maintenant par Le Figaro, est un cadre entre deux âges au prénom bien français, supposément accablé d’impôts, qui voit son argent durement gagné bénéficier à toute une série de parasites subventionnés par l’État, immigrés en situation irrégulière, chômeurs paresseux, fraudeurs aux aides sociales, salariés en faux arrêt maladie, retraités de gauche abonnés au croisières Costa, etc.

Au fil de ses billets numériques, NicolasQuiPaie dresse la liste des prélèvements publics qui le frappent, en une litanie interminable et déchirante. Le Figaro, compatissant, écrase une larme en notant que Nicolas ne pourra user de son argent pour lui-même qu’à la date du 17 juillet, la première partie de son année de travail étant consacrée au paiement de ses impôts.

Ces arguments impressionneront peut-être le gogo qui lit Valeurs Actuelles. Mais quiconque parcourt cette littérature trivialement réac notera que ce Nicolas soi-disant réduit à la misère par le fisc ne dit jamais un mot des services rendus par cet « État-vampire ».

NicolasQuiPaie est un cadre trentenaire. Il a donc suivi des études plutôt longues, pour l’essentiel gratuites. Qui a payé, sinon l’État prédateur qu’il dénonce ? Rappelons que les universités et les grandes écoles sont majoritairement fréquentées par les enfants des classes supérieures. Celles-ci donnent plus, certes, mais en matière d’éducation, elles reçoivent plus.

Archétype sociologique, habite par définition dans un quartier sûr où la police est présente et où les services publics sont facilement accessibles. Ses enfants vont à la crèche, à l’école maternelle, sont suivis par un médecin, sont soignés à l’hôpital s’ils sont malades. Qui paie, sinon « l’État-prédateur » ? Nicolas possède sans doute une voiture. Qui paie pour le réseau routier français, l’un des plus denses d’Europe, sinon le même État dépensier ? Nicolas peut choisir le train. Mais qui a financé les investissements énormes exigé par la construction des lignes TGV, sinon « l’État sangsue » ?

Si par malheur Nicolas se retrouve au chômage (cela arrive aussi aux cadres…), qui lui assurera une indemnité proportionnelle à son salaire pendant de nombreux mois ? L’État-Providence « gaspilleur ». Et s’il est lui-même malade sur ses vieux jours, atteint d’une maladie grave très coûteuse à l’assurance-maladie, il ne déboursera pratiquement rien. Qui paie, sinon le même État-providence, instauré par un horrible gouvernement progressiste et socialisant à la Libération ?

Bref, Nicolas fait comme si l’argent des impôts tombait dans un trou noir et mystérieux, ou bien n’aurait d’autre fonction que de subventionner des farceurs et des paresseux. Avec un remarquable courage, il réserve ses diatribes sarcastiques aux plus pauvres – les immigrés, les chômeurs, les petits salariés « toujours malades », les bénéficiaires du RSA « qui se tournent les pouces ». Lesquels, à travers la TVA, premier impôt français, paient tout de même leur écot. Il oublie aussi de remarquer que les plus puissants, notamment les « un pour cent » les plus aisés, ont un taux d’imposition inférieur au sien et à la majorité des contribuables. Mais pas un mot sur le sujet : ce serait une concession aux partageux.

Nicolas paie trop d’impôts ? On peut en discuter, mais avec un minimum de sérieux. L’efficacité des services publics est un thème légitime qui mérite débat nuancé et précis. Les prélèvements infligés aux classes moyennes peuvent être remis en question (ils sont souvent supérieurs à ceux que supportent les classes plus riches). Encore faut-il en connaître l’usage et la genèse.

Si Nicolas paie plus d’impôts que d’autres, c’est aussi en vertu d’un principe adopté par la République au début du 20ème siècle, celui de l’impôt progressif, qui prévoit que les revenus seront en proportion plus imposés pour les plus aisés. N’est-ce pas ce principe, au fond, qui gêne Nicolas ? Il faudrait revenir, si on l’écoute, aux systèmes fiscaux du 19ème siècle, notoirement inégalitaires. Telle est l’idée d’une extrême-droite qui prétend défendre le peuple et ne cherche qu’à favoriser les puissants.

Laurent Joffrin