No Kings, no impact ?

par Sébastien Lévi |  publié le 19/10/2025

Des manifestations massives ont rassemblé près de sept millions d’Américains samedi 18 octobre pour s’opposer à la dérive autoritaire des États-Unis sous Donald Trump, sous l’emblème « No Kings » (pas de roi). Événement isolé ou le début de la reconquête démocratique ?

Des manifestants participent à une journée nationale de protestation « No Kings » à Boston, dans le Massachusetts, le 18 octobre 2025. De New York à San Francisco, des millions d'Américains devraient descendre dans la rue pour exprimer leur colère face à la politique du président Donald Trump lors de manifestations nationales « No Kings ». (Photo JOSEPH PREZIOSO / AFP)

Perçue comme une aberration démocratique, l’élection de Donald Trump en 2016 avait donné lieu à des manifestations importantes juste après son élection et le jour de son investiture, et la « résistance » s’était manifestée dans les media, le monde de la culture et même le monde économique tout au long de son premier mandat.

Sa réélection, « bonifiée » en 2024 avec une victoire au vote populaire et pas uniquement grâce au système des grands électeurs, a plongé ses opposants dans une phase d’incrédulité et d’abattement. Comme dans tout deuil, le pays rentre peu a peu en phase de reconstruction. C’est dans ce cadre que le mouvement « No Kings » est apparu en juin avec une première manifestation d’importance, avant une autre le 4 juillet, et maintenant celle du 18 octobre.

Sans incarnation, sans message unitaire, « No Kings » vise d’abord aujourd’hui à réunir tous les opposants à Trump et à leur donner une plateforme commune sous laquelle se rassembler, contre la dérive monarchique de la présidence Trump. Or l’aspect « gazeux » de ce mouvement, qui explique sa popularité croissante, est aussi sa faiblesse.

Il manque en effet de force, de continuité dans le temps, avec une tendance à trop vouloir donner tort à Trump qui les dépeint comme des « anarchistes cinglés et violents d’extrême-gauche qui n’aiment pas leur pays ». Si la non-violence est absolument indispensable, il était frappant de voir dans ces manifestations si salutaires un certain manque de gravité, avec des peluches et des slogans humoristiques, sans cohérence, plus que des drapeaux et des mots d’ordre clairs. Ce ton bon enfant est-il vraiment pas le bon message pour faire prendre conscience au reste du pays de l’urgence absolue de la situation ?

En 2023, des centaines de milliers d’Israéliens défilaient chaque samedi soir contre les attaques du gouvernement contre l’autorité judiciaire et la démocratie, avec le drapeau israélien comme emblème, que le camp libéral s’était réapproprié à cette occasion contre l’extrême-droite. Devant la gravité de la menace, il est possible que No Kings devienne un véritable mouvement politique, patriote avec un message clair et assené de manière continue, en capitalisant sur les succès de mobilisations notables déjà acquis.

La difficulté de la tâche est que les menaces bien réelles contre la démocratie américaine sont émises par un président qui est aussi un troll. Il a ainsi répondu aux manifestants avec une vidéo le montrant, couronne de roi sur la tête, aux commandes d’un avion de chasse et « bombardant » d’excréments les manifestants opposés à lui…

Cette bouffonnerie qui réjouit ses partisans peut aussi désarmer ses opposants. A eux de ne pas laisser Trump dicter leur agenda, et de répondre avec le sérieux qu’impose la situation, dans la résilience et la discipline du message, au-delà des slogans drolatiques et des peluches…

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis