Nuremberg : crimes et châtiment
Le livre d’Alfred de Montesquiou (*) a été salué à raison par le prix Renaudot et par toute la presse. L’histoire des 21 salopards jugés à Nuremberg en novembre 1945 méritait d’être racontée une nouvelle fois.
L’originalité de l’ouvrage réside dans le talent de l’auteur à multiplier les regards, notamment celui des journalistes venus du monde entier pour suivre l’audience. Cette approche indirecte accroche le lecteur et révèle moins le procès lui-même que la personnalité de ses acteurs. On assiste à un étrange ballet de journalistes, photographes, envoyés spéciaux, comme Joseph Kessel, Elsa Triolet ou John Dos Passos. Tout y passe : l’égo des uns, l’alcoolisme des autres et leur compétition… Les dortoirs de la presse sont ici aussi importants que la salle d’audience.
L’ambition est grande : ressusciter un moment charnière de l’histoire, faire entendre les voix de ceux qui ont couvert le procès, avec en toile de fond, les frictions entre alliés et le scrupule des juristes. Cette approche hybride — entre reportage historique, récit littéraire et plongée humaine — offre un angle original sur un épisode qui l’est moins.
En choisissant de relater « ce qui se passe hors de la salle d’audience », l’auteur questionne fonction d’un procès non seulement d’un point de vue judiciaire, mais comme une chambre d’écho sur ce que la presse relaie et ce que l’Histoire retiendra.
On peut légitimement s’interroger : où commence la reconstitution ? Où s’arrête la fiction ? Ce qui peut fragiliser la rigueur historique pour certains lecteurs exigeants. Mais peu importe… la littérature l’emporte. Le style de Montesquiou privilégie les « regards et les murmures ». Et produit des moments de grande puissance littéraire1 .
Pour un lecteur qui aime que l’Histoire soit vivante – avec des personnages, des atmosphères, des tensions – c’est une réussite. Montesquiou enrichit la mémoire collective sur un épisode majeur qui a clos la plus grande tragédie du siècle passé, en montrant des hommes et des femmes derrière les images d’archives. Il rappelle que les crimes furent réels, pour tous ceux qui seraient encore tentés de les nier. Il rappelle aussi qu’après ces crimes, il y eu châtiment.
Au moment où les médias s’infiltrent dans notre quotidien, partout et à chaque instant, cette description des journalistes témoins est d’une grande actualité. On lit alors ce livre à quatre niveaux : il y a les tueurs, les commanditaires, les juges et les journalistes qui ont pour tâche de raconter. Un jeu de miroir saisissant. Ce n’est pas par hasard si l’auteur a reçu le prix Albert Londres en 2012.
Il reste enfin à espérer que tous ceux qui, en ce moment, sur la planète, commettent des atrocités sur divers champs de bataille aient conscience qu’ils auront un jour à en répondre comme ce le fut le cas à Nuremberg.
(*) Alfred de Montesquiou, Le crépuscule des hommes, Robert Laffont.
1 Même si, c’est un détail : la présentation des personnages aurait mérité d’être rappelée au début du récit et non à la fin.



