Nuremberg : le nazi et le psy

par Thierry Gandillot |  publié le 24/01/2026

On n’a pas encore épuisé toutes les facettes du procès de Nuremberg. Après l’excellent Crépuscule des hommes d’Alfred de Montesquiou (prix Renaudot essai 2025) qui l’envisageait depuis le box des journalistes, le réalisateur James Vanderbilt le prend sous l’angle original de la psychiatrie, tout en ambiguïté et en suspense.

Rami Malek, James Vanderbilt et Russell Crowe, à la première de « Nuremberg » lors du Festival international du film de Toronto 2025, le 7 septembre 2025. (Photo Mert Alper Dervis / Anadolu via AFP)

Jeune psychiatre militaire américain, Douglas Kelley (Rami Malek, Oscar du meilleur acteur pour sa composition du chanteur Freddy Mercury dans Bohemian Rhapsody), est chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis afin de déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour leurs crimes. Tiré du livre de Jack El-Hai, Le nazi et le psychiatre (Les Arènes, 2012), le film se concentre sur la relation complexe qui se noue entre Douglas Kelley et Hermann Göring, fondateur de la Gestapo, chef de la sécurité du Reich et grand ordonnateur de la « solution finale de la question juive ».

Un psychiatre face à Göring, au cœur du procès

Tourmenté, passablement instable et narcissique, Kelley se laisse prendre dans les mailles du filet tendu par le Reichsmarschall, qui le prend de haut : « Je suis le Livre. Vous n’êtes qu’une note en bas de page. », lui assènera-t-il après que leur relation se sera fortement dégradée. « Vous serez pendu haut et court », lui rétorque le psy.

Dans les premiers temps, leurs échanges à fleurets mouchetés mêlent tentatives de séduction et d’intimidation. Car Göring (stupéfiant Russell Crowe, autre détenteur d’un Oscar pour son rôle du général Maximus Decimus dans Gladiator) est un véritable séducteur qui a bien pris la mesure des failles de son interlocuteur pour en jouer au mieux de ses intérêts. Son charisme destructeur et sournois va faire des dégâts jusque dans la salle du procès.

Kelley va d’ailleurs franchir la ligne rouge à deux reprises au moins. D’abord en acceptant de jouer l’intermédiaire entre Göring et son épouse, à laquelle il rend plusieurs visites à son domicile privé, transmettant des messages dans les deux sens.

Ensuite, le jeune « shrink », dépassé par l’ampleur de sa mission, dérape carrément, la nuit où, pour les beaux yeux d’une journaliste américaine, il donne une interview fracassante dans laquelle il met en cause la capacité du procureur Robert Jackson à gagner son procès (Michael Shannon, raide comme la justice et, de fait, plutôt maladroit). Initiative malheureuse qui vaudra à Kelley d’être démis de ses fonctions.

Un film imparfait, mais des scènes fortes

Le film de Vanderbilt, réalisateur à la carrière éclectique, n’est pas sans défaut. Trop long, parfois bavard, d’une facture classique, visiblement soucieux de ses effets, il tient cependant le spectateur en haleine et ménage plusieurs scènes fortes : la projection, dans un silence de mort, de six minutes de l’effroyable documentaire Nazi concentration camp tourné par l’armée américaine ; la joute oratoire entre Göring, imperturbable dans le box des accusés, un demi-sourire satisfait aux lèvres, et le procureur déstabilisé au point de perdre les pédales ; ou les bouleversantes révélations faites par Howard Triest, le traducteur commis auprès de Kelley. Elles déclencheront un salutaire sursaut de courage de ce dernier. Et feront finalement basculer un procès, bien mal engagé par le médiocre procureur Shannon.

Nuremberg, film de James Vanderbilt, avec Russell Crowe, Rami Malek, Richard E. Grant, Michael Shannon, Leo Woodall, Wrenn Schmidt, 2h28.

Thierry Gandillot

Chroniqueur cinéma culture