Olivier Faure assigne Arno Klarsfeld
Le Parti socialiste a saisi la justice à la suite des propos tenus par Arno Klarsfeld sur CNews. Initiative salutaire : après la condamnation de Jean-Marc Morandini, elle mettra peut-être un frein à la logorrhée honteuse que diffuse la chaîne de Bolloré.
La réaction fait du bien ! Après 48 heures pendant lesquelles les politiques et les médias n’ont pas eu de mots assez durs pour condamner la scandaleuse apologie par Arno Klarsfeld des rafles menées par ICE aux États-Unis sur l’ordre de Donald Trump, le Parti socialiste passe à l’action. Dans un long courrier, Olivier Faure évoque les articles 40 du Code pénal et 24 de la loi du 29 juillet 1881, pour demander à Laure Beccuau, procureure de la République, de se saisir du sujet.
De quoi s’agit-il ? Selon l’article 40 du Code pénal, tout fonctionnaire qui a connaissance d’un crime est tenu d’en informer le(la) procureur(e) de la République. Quant à la loi de 1881 sur la liberté de la presse, elle permet de punir de 45 000 € d’amende, un an d’emprisonnement et l’interdiction d’exercer une fonction publique à toute personne qui fait l’apologie de crimes, surtout s’ils sont de guerre ou contre l’humanité.
Les propos d’Arno Klarsfeld en cause
L’affaire est sérieuse. Voici donc la respectée et compétente procureure de la République mandatée pour faire enclencher des réquisitions d’enquête et mobiliser la police judiciaire. Si elle prospère, la procédure peut déboucher sur une information judiciaire confiée à un juge d’instruction. « Je ne suis pas le plus grand fan d’Olivier Faure. Mais sa réaction est intelligente et bien ciblée. C’est une bonne initiative », commente l’un des meilleurs avocats de la liberté de la presse avant de conclure : « la procédure peut aboutir ».
Avec le nom qu’il porte, celui de son respecté père Serge Klarsfeld, qui a fait poursuivre Klaus Barbie, Paul Touvier, ou Maurice Papon, tous trois jugés pour des rafles antisémites, Arno Klarsfeld a une lourde responsabilité. Celle de la mémoire de son père et des 76 000 juifs dont 11 000 enfants qui ont été raflés en France avant d’être déportés par les occupants allemands et le régime de Vichy. Rappel des propos exacts d’Arno Klarsfeld : « si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser comme le fait Trump avec ICE des sortes de grandes rafles un peu partout en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière (…) on ne peut pas faire ça sans commettre parfois des injustices comme la femme qui s’est fait tirer dessus ». C’est bien à une apologie du crime qu’il s’est livré et dont le parquet de Paris est désormais saisi. Sous la forme, dit Olivier Faure, « d’une provocation publique à la discrimination, à la haine, ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur non-appartenance à une nation ».
CNews sous pression après condamnations
L’épisode mettra-t-il un holà aux dérives de CNews ? Pendant ce temps, le directeur de l’information de la chaîne, Thomas Bauder, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violences sur ses trois enfants. Et Jean-Marc Morandini a été, lui, doublement condamné : définitivement par la Cour de cassation pour corruption de mineurs à deux ans d’emprisonnement avec sursis, 20 000 euros d’amende, et une interdiction d’exercer une activité le mettant en contact avec des mineurs ; puis le 27 janvier pour harcèlement sexuel, à dix-huit mois de prison, 10 000 euros d’amende et une obligation de soins. Malgré les protestations des présentatrices-vedette Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari, le protégé de Vincent Bolloré officie encore à ce jour à l’antenne.
L’accumulation des sorties de route de CNews, au moment où ses chroniqueurs dévoilent leur malaise, peut-elle déstabiliser la chaîne ? Pour la première fois, depuis près de dix ans qu’il a été nommé directeur général, et de la rédaction — deux postes qui sont dans les autres chaînes séparés — Serge Nedjar est en porte-à-faux. Parviendra-t-il à sauver une seconde fois Jean-Marc Morandini, déjà attaqué du temps de la grande grève des journalistes d’i>Télé ?
Au sein de la chaîne, en tout cas l’ambiance est électrique. Et ce n’est pas l’initiative d’Olivier Faure qui contribuera à l’apaiser.



