Olivier Faure gagne ses galons

par Valérie Lecasble |  publié le 17/10/2025

En obtenant la suspension de la réforme des retraites, le Premier secrétaire du Parti socialiste a remporté une victoire de haute lutte. Faire plier Emmanuel Macron lui a permis de se détacher de LFI sans apparaître comme un supplétif de la macronie. Perdants : LFI et le RN.

Olivier Faure à l'émission "L'Événement" de France 2 du jeudi 16 octobre 2025. (copie d'écran ©France•TV)

Il n’y a qu’à voir son sourire accroché sur ses lèvres pour comprendre à quel point Olivier Faure savoure sa victoire. « J’ai confiance en Sébastien Lecornu » lâche-t-il jeudi soir à Caroline Roux sur France 2, heureux d’être l’invité vedette de l’émission « L’Événement ».
Celui que l’on a dit inféodé à Jean-Luc Mélenchon et à La France Insoumise assume ce soir-là d’avoir fait cavalier seul. Qu’importe si LFI, les écologistes et le PC ont voté la motion de censure, c’est grâce au Parti socialiste que le gouvernement Lecornu évite la dissolution et peut avancer.

Les questions sur le plateau sont pourtant incisives : en ne votant pas la censure, Olivier Faure laisse passer un projet de budget qui ressemble à s’y méprendre à celui d’austérité de François Bayrou dont il ne voulait pas entendre parler. Alors pourquoi son optimisme soudain ?

Il y a trois raisons à cela. La première est bien évidemment la suspension de la réforme des retraites. Réclamée à cor et à cri par l’intersyndicale, CFDT en tête, il se dit heureux que grâce à cette suspension, 3,5 millions de français partiront plus tôt à la retraite. Le voilà qui décrit les métiers pénibles, les femmes et les hommes fatigués de leur travail, et parmi les plus modestes ceux qui vont pouvoir profiter du temps qu’il leur reste à vivre sans travailler. Les retraites, la mère des batailles de la gauche depuis 2023, ne seront plus ce qu’elles étaient. Jusqu’à ce qu’un programme présidentiel en 2027 fixe de nouvelles règles, plus pérennes et espère-t-il moins injustes.

La deuxième raison est la renonciation par Sébastien Lecornu au 49-3, qui est aussi une revendication insistante d’Olivier Faure depuis que la dissolution a envoyé une répartition tripartite des députés à l’Assemblée Nationale. Pour lui, l’absence de majorité reflète le vote des électeurs et il faut faire avec. Cette renonciation, il en est convaincu, implique que le budget 2026 ne sera pas à l’arrivée celui qu’il était au départ. Il y aura tout le loisir de le modifier pendant sa discussion. Il se dit ainsi confiant dans la possibilité de faire voter un certain nombre d’avancées comme une taxation des hauts revenus tant il pense qu’il existe pour cela une majorité à l’Assemblée.

Plus globalement, il avalise la démarche démocratique de textes adoptés projet par projet comme ce fut le cas lors du premier gouvernement Barnier, même si reconnaît-il, le jeu était alors faussé en l’absence des députés du socle commun qui attendaient le 49-3 pour pouvoir tout détricoter. Cette fois, il ne sera plus question d’amuser la galerie mais bien de travailler et il s’y dit prêt.

Enfin, et ce n’est pas le moins, il a obtenu la victoire politique qu’il attendait pour imposer sa loi à LFI sans pour autant apparaître comme le supplétif de la macronie. Obtenue de haute lutte, cette victoire a nécessité de passer par la case de la démission de Sébastien Lecornu pour que celui-ci obtienne d’Emmanuel Macron ce qu’il persistait à lui refuser : la fameuse suspension de la réforme des retraites sans laquelle aucun compromis n’était possible. Le tweet laudateur d’Olivier Faure, assimilant cette démission à un acte « gaulliste » témoigne du respect que le Premier ministre a obtenu du Premier secrétaire du PS ce jour-là.

Ces deux-là ont trouvé un terrain d’entente, pensent-ils, pour l’intérêt commun de la France. Ensemble, ils ont fait reculer le Rassemblement National dont la motion de censure n’a obtenu « que » 144 voix – contre 273 à celle de LFI – c’est-à-dire les siennes, celles du groupe d’Éric Ciotti et seulement trois LR, soit dix de moins que lors du vote de confiance à François Bayrou malgré la quasi-consigne donnée par Bruno Retailleau de la voter.
Un signe fort qui fait reculer le RN et peut laisser croire que l’union des droites n’est pas pour demain, d’autant que Jordan Bardella l’a balayée d’un revers de mains, affirmant qu’il ne voulait pas à ses côtés d’un Retailleau qui, ministre de l’Intérieur, a laissé tant d’étrangers entrer en France.

Quelle autre occasion aura désormais Marine Le Pen pour faire tomber le gouvernement, elle qui par ailleurs, a subi l’échec de son recours devant le Conseil d’Etat pour combattre son inéligibilité, à laquelle elle a désormais toutes les chances d’être définitivement condamnée ?
Bien sûr, les joutes à l’Assemblée nationale vont être féroces. Bien sûr, les sénateurs vont batailler pour empêcher la suspension de la réforme des retraites, bien sûr jusqu’à la fin de l’année, tous les rebondissements peuvent entraver la bonne marche du vote du budget.

Mais il restera que, grâce à son vote de non-censure, le Parti socialiste est revenu au centre du jeu.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique